Jupiter sans la foudre

Fin avril, les zoologues spécialistes du comportement des grands singes n’avaient nul besoin de s’aventurer au plus profond des forêts d’Afrique centrale pour observer la sarabande des mâles dominants. Il suffisait d’allumer la télé et d’observer le spectacle des bourrades, guiliguilis, câlins, jeux de mains, époussetage voire épouillage, donné par Trump et Macron à la Maison Blanche.

Qui a perdu à ce petit jeu ? Macron bien sûr. Car il est sans doute plus facile de jouer à Jupiter face aux manifestants, quand on dispose des pouvoirs monarchiques de la 5e République, que face au leader de la première puissance économique et militaire du monde. Rapport de forces oblige.

Macron voulait faire le malin. Sans doute pense-t-il se renforcer sur la scène française en jouant aux mariolles sur la scène internationale. Las, c’est raté. Jupiter a même reçu deux claques dans la même semaine. Une première à Berlin, quand Merkel lui a gentiment expliqué qu’il allait falloir « accepter des compromis » (un euphémisme) à propos de ses projets de soi-disant rénovation de l’Union européenne. Une deuxième à Washington.

Qu’a-t-il en effet obtenu de sa « visite d’Etat » outre-Atlantique ? A propos de l’accord de Paris sur le réchauffement climatique ? Rien. Sur les taxes douanières américaines portant sur l’acier et l’aluminium ? Moins que rien : Trump a prolongé d’un mois l’exemption des Européens, histoire de faire monter un peu plus la température. Sur l’accord nucléaire avec l’Iran ? Pire que rien.

Sur ce front iranien, c’est même la débandade. 

Jour 1 : il fait le matamore en disant à Fox News : « il n’y a pas de plan B ».

Jour 2 : il propose… un plan B. La réouverture de négociations pour « élargir l’accord », en contraignant l’Iran à de nouvelles concessions sur le contrôle de ses activités, son programme militaire en général, toute sa politique au Moyen-Orient. Sur le fond, en gros et en détail, c’est un quasi ralliement aux exigences de Trump. Fort logiquement, non seulement l’Iran mais aussi la Russie, l’Allemagne et la Grande-Bretagne ont retoqué la proposition.

Jour 3 : Jupiter rappelle devant le Congrès américain, en langue de coton diplomatique, ses désaccords généraux avec le président Trump. Une façon de sauver la face qui ne dupe sans doute que la grande presse française, et encore.

8 mai : comme on pouvait s’y attendre, Trump annonce le retrait américain de l’accord nucléaire avec l’Iran et le rétablissement des sanctions, dans leur version la plus dure, y compris à l’égard des multinationales européennes.

Tout cela prêterait surtout à la rigolade s’il n’y avait le risque, aujourd’hui, de nouvelles tragédies au Moyen-Orient. Trump a choisi de renforcer un axe USA-Israël-Arabie saoudite, qui se fait de plus en plus menaçant contre l’Iran. Rien ne garantit aujourd’hui que ce trio ne prépare pas une véritable guerre, une de plus, au Moyen-Orient. A minima ils essaient déjà de faire monter la tension, par un blocus économique et même des bombardements israéliens contre les positons iraniennes en Syrie, pour refaire de l’Iran un régime paria et, par ce biais, justifier de façon encore plus assumée leurs propres crimes : la guerre des Saoudiens au Yémen, l’oppression et les crimes de masse contre les Palestiniens, une escalade folle des dépenses militaires (l’Arabie saoudite vient de prendre le cinquième rang mondial, devant la France), une démagogie confessionnelle « anti-chiites » mortifère.

Mais Macron ne trouve rien à dire sur tout cela. Sans se rallier pleinement au nouvel aventurisme d’un Trump, il est cependant bien incapable de rompre avec, de le dénoncer. Ses premières réactions à ce nouveau  « Trumpxit » le montrent : il déplore le retrait américain, jure vouloir « travailler dur » pour « sauver l’accord », mais en invitant l’Iran à négocier sur tous ses armements et sur sa politique générale dans la région. Téhéran ainsi désigné comme seule menace pour la paix, Macron donne en partie raison à son ami Trump, son allié Netanyahou, son client Ben Salman. 

Voilà pourquoi, sur bien des images de sa visite à la Maison blanche, il avait l’air, pour reprendre l’expression d’un journaliste de Mediapart, « d’un toutou tenu en laisse ».

Yann Cézard

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