Intolérables violences policières et judiciaires

L’image a rapidement fait le tour des réseaux sociaux : des dizaines de lycéenEs de Mantes-la-Jolie, agenouillés, les mains sur la tête ou attachées dans le dos, entourés d’hommes en uniforme. Et ce commentaire de l’un des flics : « Voilà une classe qui se tient sage. » Des images et des mots particulièrement symboliques de la violence de la répression qui s’abattent sur les mobilisations actuelles, qu’il s’agisse de celles des Gilets jaunes ou de celles qui se développent dans la jeunesse scolarisée.

Environ 2 000 interpellations au niveau national, dont près de 1 100 à Paris, avec plus de 1700 personnes placées en garde à vue, dont environ 1 000 à Paris : le bilan de la journée de mobilisation du 8 décembre donne le vertige. Depuis le début du mouvement des Gilets jaunes, soit il y a un moins d’un mois, ce sont plus de 3 300 personnes qui ont été arrêtées, avec près de 2 400 gardes à vue. Des chiffres tout aussi spectaculaires, dans un style différent, que ceux du nombre de grenades (notamment lacrymogènes) tirées à Paris le 1er décembre : plus de 10 000, soit une grenade toutes les 4 secondes en moyenne sur l’ensemble de la journée. Des chiffres qui expriment un degré de répression et de violence inédit. 

Répression policière et judiciaire
Au cours des dernières semaines, les blesséEs se sont comptés par dizaines, aux quatre coins de la France, parfois gravement mutiléEs (mais arrachées, éborgnements), victimes d’explosions ou de tirs tendus de grenades ou de flashball, tandis qu’une femme âgée est décédée à Marseille après avoir été blessée, chez elle, par une grenade lacrymogène, et qu’un jeune homme est toujours entre la vie et la mort, à Toulouse, après un tir de flashball à la tête.
Côté judiciaire, les condamnations se multiplient, avec des cas particulièrement aberrants, notamment des peines de prison avec sursis pour des personnes arrêtées en possession de sérum physiologique et/ou de lunettes de piscine aux abords des manifestations, ainsi que des interdictions de séjour à Paris pour des tags. Des centaines d’interpellations « préventives » ont en outre eu lieu le 8 décembre sur la base d’un délit d’intention (« participation à un groupement en vue de commettre des violences et des dégradations ») qui autorise les arrestations arbitraires.

Stratégie de la tension
Ces violences policières et judiciaires sont à l’image de la violence des propos qui ont été tenus par le gouvernement et les responsables policiers, notamment depuis le 1er décembre, qui ont participé d’un développement d’une stratégie de la tension et de la violence destinée à dissuader quiconque de se mobiliser et préparant l’opinion publique à de nouvelles violences policières. Les éditorialistes et les « experts en sécurité » n’ont pas rechigné à mettre la main à la pâte, organisant le service après-vente et la publicité de la répression de masse, quitte à justifier l’injustifiable au nom de « l’ordre républicain ».
Cette stratégie de la tension a partiellement porté ses fruits, puisqu’elle a effectivement dissuadé nombre de manifestantEs de se rendre à Paris. Mais de toute évidence, le matraquage politico-médiatique aux sujets des « violences » ne suffit toujours pas à délégitimer la mobilisation, qui bénéficiait toujours, après la journée du 8 décembre, d’un soutien majoritaire dans les enquêtes d’opinion, au grand dam de la Macronie. Ce dont on ne peut que se réjouir.

C’est eux les casseurs !
« Il y a, au-delà des gilets jaunes, des groupuscules qui veulent en découdre, qui veulent que la violence s’installe dans notre pays », déclarait, le 5 décembre, Jacqueline Gourault, ministre de la Cohésion des territoires. Un sentiment de plus en plus largement partagé, mais pas au sens où la ministre le souhaiterait. Le groupuscule qui veut en découdre, c’est le pouvoir. Et la violence est déjà largement installée dans le pays, qu’il s’agisse de la violence économique et sociale ou de la violence judiciaro-policière. Et de cela, nous sommes de plus en plus nombreux à être convaincus, comme en ont notamment témoigné la vague d’indignation suscitée par l’interpellation des lycéenEs de Mantes-la-Jolie et les multiples scènes de résistance, voire de contre-violence collective contre les forces de police auxquelles on a pu assister le 8 décembre. Le gouvernement joue la carte répressive et, ce faisant, brise des vies. Rien ne justifie cette fuite en avant ultra-violente, et nous ne cesserons de la dénoncer, et de nous organiser pour qu’elle cesse. La colère contre le pouvoir est légitime, et manifester est un droit !

Julien Salingue

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