Hollande-Valls-Macron : La guerre des roses (fanées)

Le meeting ultra-médiatisé de Macron le mardi 12 juillet à la Mutualité semble avoir officiellement ouvert les hostilités au sein de l’exécutif. Mais derrière les pseudo-dissensions entre Hollande, Valls et Macron, ces derniers jouent la même partition pour 2017, celle des plus riches et du patronat.

Rien ne va plus au gouvernement. Les égos et projets personnels ont pris le dessus tant les dissensions entre Hollande-Valls et Macron sembleraient importantes. Dézingage à tous les étages ?

Beaucoup de bruit… pour pas grand-chose ?

Le meeting Macron a donc fait le buzz médiatique, mais pour quoi au juste ? Pas d’annonce de candidature, pas de démission du gouvernement, pas de projet réellement alternatif à ses concurrents… Bref, Macron, comme à son habitude, a attiré les médias sur du vide, mais du vide extrêmement bien orchestré en bon businessman qu’il est.

Il a donc montré qu’il était bon orateur, répétant à tue-tête qu’il voulait « changer le pays »... en critiquant l’action du gouvernement auquel il appartient et sans aucune critique de la droite. Pour lui, « la loi travail c’est une réforme importante, mais ce n’est plus le combat d’aujourd’hui ». Le plus drôle est sans doute que, pendant plus d’une heure de stand-up, Macron a voulu laisser croire qu’il était un homme politique « hors système », critiquant les « accords d’appareils », la « caste », et estimant également que, face à la crise démocratique, « nos institutions, notre système, la chorégraphie de tout cela est usé. Il est fatigué par les promesses non tenues. Il est ancien, il faut en changer ».

Les candidats « hors système » sont donc très nombreux à se déclarer à la veille des élections présidentielles : Sarkozy en 2012, alors président sortant ; Marine Le Pen, et avant elle son père... C’est désormais le cas du banquier, richissime et énarque, Macron ! « Ils osent tout, c’est à cela qu’on les reconnaît »...

Nouvelle fracture au sein de la majorité

Même si, dans le fond, Macron n’a pas dit grand-chose, sa petite escapade n’est pas du goût de tous, au sein de la majorité comme à droite. Valls l’a franchement mauvaise : outre le fait que Macron lui marche sur les pieds en reprenant en partie son leitmotiv sur la transformation du PS, il fragilise aussi un peu plus la majorité. « On ne peut pas dénoncer un prétendu système en cédant aux sirènes du populisme quand, circonstance aggravante, on est soi-même le produit le plus méritant de l’élite de la République. »

Les critiques et petites phrases ont fusé de la part de plusieurs membres du gouvernement. « Par respect pour les autres ministres, il faut que Macron travaille », a ainsi lancé Annick Girardin, ministre de la Fonction publique. Ou encore : « Quand on est ministre, on agit, on ne parle pas au futur », selon Urvoas. Et Le Drian, fidèle de Hollande, de rajouter qu’« il n’y a pas de ménage à trois » à la tête du pays…

Mais les critiques sont également venues de la droite. Benoist Apparu s’interroge sur le bilan du ministre de l’Économie. « Les cars... Les français attendent plus d’un ministre ». Quant à Mariani, « le double jeu de Macron est d’une totale hypocrisie » car il tient « un discours de droite en étant ministre du gouvernement de gauche auquel il s’accroche ». Mais il est sans doute le seul à penser aujourd’hui que ce gouvernement est de gauche...

Derrière tout cela, la mise « en marche » de Macron à la Mutualité, qui a embarqué avec lui quelques députés socialistes dont certains « anciens amis » de Valls, crée une nouvelle fracture au sein de la majorité, ce qui fragilise encore plus un gouvernement aux abois qui a dû faire passer en force la loi travail.

Pendant ce temps, « tout va mieux »...

Face à tout ça, Hollande reste impassible et refuse de se désolidariser lors de la traditionnelle interview du 14 Juillet. Apparemment, il a déjà revêtu ses plus beaux habits de candidat... Sa seule obsession est donc de vendre son fabuleux bilan, et pour le coup, on a failli s’étrangler à plusieurs reprises ou tout simplement casser son poste de télévision, tant la mauvaise foi et le déni de la réalité étaient grands.

« Pour ce qui me concerne, j’ai tenu tous mes engagements », a tenu à préciser Hollande, qui a agi pour « le bien du pays » rappelant dans quelle situation sociale et économique il avait, après cinq ans de Sarkozy, trouvé le pays. Mais désormais « tout va mieux », vantant la « croissance » retrouvée, la baisse des impôts et du chômage, le ralentissement de la dette publique, la réduction des inégalités. Cerise sur le gâteau, il a comparé la loi travail à « la grande loi sur les conventions collectives » de 1936, car grâce à cette nouvelle loi, « il va y avoir des accords d’entreprises, avec des syndicats qui vont voir leur place renforcée »...

Ce début de spectacle côté majorité et PS n’étonnera personne, mais reste pas moins navrant. En surfant sur le populisme, sur une politique antisociale libérale et sécuritaire, tout ce petit monde ouvre toujours un peu plus la porte à l’extrême droite... Il y a urgence à changer la donne.

Sandra Demarcq

 

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