Hollande et Valls veulent construire sur des ruines

Pratiquement chaque jour apporte ses déclarations de personnalités autour de la crise qui secoue les partis institutionnels. Hollande et Valls se démènent pour que le premier apparaisse comme le seul rempart face au FN. Mais l’enjeu est bien plus profond...

Les élections régionales ont révélé une crise de domination du personnel politique de la bourgeoisie : aucun parti n’est suffisamment fort pour gérer le pays seul, l’usure des partis est de plus en plus rapide, et le FN apparaît donc comme une solution pour une partie de la population, alors qu’il ne correspond pas, du moins pour l’instant, aux besoins de la classe dominante. Comme dans l’État espagnol, le pays est de moins en moins gouvernable, et les débats auxquels nous assistons à gauche sont la réfraction des repositionnements des différentes couches sociales dans cette crise.

Coup de boule à droite

La partie du PS la plus intégrée à l’appareil d’État, la plus bourgeoise, fait des appels du pied à la droite chiraquienne. Jean-Pierre Raffarin a donc proposé un « pacte républicain pour l’emploi ». François Bayrou a relancé : « c’est la ligne du centre [de prôner des] majorités qui dépassent les frontières » droite-gauche. Et Valls de répondre : « Un pacte républicain pour l’emploi. Tous rassemblés pour en finir avec le chômage ! OK avec Jean-Pierre Raffarin ! ». Bien sûr, il s’agit essentiellement de renforcer la précarité et de culpabiliser les chômeurs, mais les discussions sont ouvertes. Ces dirigeants rêvent manifestement d’une grande coalition à l’allemande. Et Valls n’aura manifestement aucun problème à saborder le PS si nécessaire.
Pour Hollande, le choix est plus raisonné. Il lâche Valls dans cette direction avec l’idée que, de toute façon, cela lui servira à diviser et isoler Les Républicains, à se présenter comme seul rempart au FN... et à accéder au second tour en 2017. Et, pour finir d’étouffer LR entre le PS et le FN, il reprend à son compte une bonne partie du discours répressif et raciste de ce dernier. Les échanges entre le gouvernement et le Conseil d’État autour de la déchéance de nationalité ont été révélateurs de cette opération. Le gouvernement a demandé au Conseil d’État qu’elle puisse s’opérer pour des délits ! Celui-ci veut limiter la mesure aux personnes « condamnées pour un crime constituant une atteinte grave à la vie de la nation » et l’inscrire dans la Constitution, et Valls s’est interrogé : « est-ce que le symbole, qui concerne quelques cas, en vaut la peine ? ». De la proposition reprise du programme du FN ne reste donc que le symbole…
Voilà l’arsenal déployé par le PS pour rassembler sur sa droite.

Coup de boule à gauche

De l’autre côté, il faut discipliner la gauche extérieure au PS. Le premier message de l’exécutif est radical : les modifications de la loi sur l’organisation de l’élection présidentielle, votée en première lecture mercredi 16 décembre, visent à étouffer les concurrents : les maires devront envoyer leurs parrainages eux-mêmes, sans centralisation par les candidats, le temps de parole des petits candidats sera extrêmement réduit et les frais de campagne comptabilisés sur six mois au lieu d’un an. Un véritable hold-up sur la présidentielle qui étouffera tous les partis qui n’ont pas déjà des centaines d’éluEs.
EELV est soumis à une pression énorme : sur ses éluEs aux législatives, sur les parrainages, et si Hollande n’est pas au second tour et ne gagne pas en 2017, EELV risque d’être rayé de la carte aux législatives. Résultat, Denis Baupin, vice-président EELV de l’Assemblée nationale, tire à boulets rouges sur la direction de son parti et suggère de ne pas se présenter à la présidentielle. Du côté du PCF, le discours est très proche. Ainsi, pour Olivier Dartigolles, « il ne s’agit pas de colmater le Front de gauche mais de refonder la gauche dans un cadre unitaire. »

Subir ou se donner les moyens de résister ?

Seuls Ensemble et Mélenchon résistent à cette pression, proposant des convergences entre la gauche du PS, EELV et le FDG. Mélenchon dénonce d’ailleurs avec raison le pathétique soutien d’EELV à la mascarade de la COP21. Mais tout cela est illusoire : en effet, tous se sont retrouvés au second tour des régionales sur les listes d’un PS qui venait de voter l’état d’urgence, de renforcer l’intervention militaire en Syrie, de travailler à la déchéance de la nationalité, tout cela dans la suite des lois Macron. Les députés du PCF et d’Ensemble ne se sont pas opposés à ces mesures, et en ont même voté certaines…
Comment donc croire qu’une coalition de la gauche du PS, d’EELV et du FDG, empêtrée dans les discussions avec le PS, pourrait représenter une véritable alternative ? La capitulation de Syriza devrait être une démonstration. Alors que le pouvoir central devient de plus en plus autoritaire, de plus en plus antisocial et belliqueux, la construction d’une alternative ne peut se faire qu’en complète indépendance vis-à-vis de celui-ci, qu’en combattant la répression, le racisme, en construisant l’affrontement avec le patronat et son gouvernement, et en remettant en cause la propriété capitaliste et les institutions.

Antoine Larrache

 

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