Hamon : clap de fin ?

« Je prends du recul […]. J’aiderai au rassemblement de la gauche sans exclusive mais j’ai besoin de me poser et réfléchir. » Au lendemain des élections européennes, Benoît Hamon a annoncé ainsi son retrait (temporaire ?) de la vie politique. 

3,27% des votantEs, le score de Génération.s est une nouvelle défaite pour Hamon, après les 6,35% des présidentielles de 2017, où il avait été lâché par une bonne partie du PS (alors qu’il était pourtant son candidat officiel) tandis qu’une autre – pour reprendre une formule célèbre – le soutenait comme la corde soutient le pendu… Son électorat de 2017 a fondu des 2/3, une partie importante se portant sur la liste Jadot (EELV) et même retournant au PS. Déjà une de ses porte-parole, sentant la défaite venir, avait rejoint la liste PS dirigée par Raphaël Glucksmann. 

« Reconstruction de la gauche et de l’écologie » ?

L’échec du parti qu’il a créé en juillet 2017, suite à sa démission du PS, est patent. Survivra-t-il à la défaite électorale et au retrait de son leader ? Dans le champ de ruines qu’est la « gauche de la gauche », la place de Génération.s, issu d’une partie de la petite aile gauche du PS, est plus que problématique. Mais, plus fondamentalement encore, c’est la place du réformisme « classique » qui est en question dans le cadre du capitalisme néolibéral qui, loin d’être réformable au profit des classes populaires, détruit les unes après le autres les réformes que, sous la pression des mobilisations, la bourgeoisie avait été contrainte de concéder dans la période antérieure.

La direction de Génération.s affirme vouloir jouer aujourd’hui un rôle actif dans « la reconstruction de la gauche et de l’écologie », « sans exclusive »… Mais avec qui et pour quelle politique ? Quelle rupture avec les politiques néolibérales ? Pour le moment, les inclinaisons de BenoîtHamon l’ont plutôt porté vers EÉLV – qui l’avait soutenu lors de la dernière présidentielle. Hamon avait même proposé de constituer, pour ces européennes, une liste commune avec le néolibéral verdissant Jadot – celui-là même qui s’était prononcé dans le Figaro pour l’« économie de marché, pour la libre entreprise et l’innovation ». Jadot avait alors décliné l’offre. Mais aujourd’hui, fort de sa troisième place aux européennes, le secrétaire national de EÉLV, David Cormand – qui voit déjà « l’écologie assumer le leadership d’une alternative » – propose, pour ce faire, de « co-construire un nouvel outil politique ».

Une proposition qui pourrait intéresser la direction de Génération.s. Mais qu’en est-il des militantEs ? Celles et ceux qui ont rejoint ce mouvement attiréEs par les critiques portées par Hamon contre le PS, par ses propositions comme le revenu universel ou par le fonctionnement horizontal du parti construit sur la base de comités locaux (dans lequel ils et elles ont vu une autre façon, démocratique, de faire de la politique) et qui aspirent à une alternative vraiment à gauche ? Nombre d’entre elles et eux, outre d’être déçuEs par le médiocre score électoral, risquent fort de ne pas se retrouver dans ces manœuvres d’appareil qui nuisent à la nécessaire et urgente reconstruction d’une représentation politique des oppriméEs et des exploitéEs.

Jean Boucher

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