Grand débat : « Dites-moi ce dont vous avez besoin, je vous expliquerai comment vous en passer »

Espérant faire retomber la colère sociale qui s’exprime à travers le mouvement des Gilets jaunes, depuis des mois, Macron a lancé le grand débat national qui ressemble à s’y méprendre à sa campagne présidentielle, avec une bonne dose de mépris et d’arrogance en plus.  

Depuis le 17 novembre, Macron et son gouvernement sont confrontés à une mobilisation inédite. De semaine en semaine, la colère sociale exprimée par les Gilets jaunes affaiblit ce pouvoir et accentue une crise politique inédite. Pour tenter d’éteindre cette colère profonde qui met en avant les injustices sociales, fiscales, la répartition des richesses et les questions démocratiques, Macron a lancé, le 15 janvier, le « Grand débat national ». Débat encadré par sa « Lettre aux Français », qui rappelle qu’il ne reviendra en aucun cas sur la politique menée depuis maintenant près de deux ans, et qui a fait déborder le vase de la colère. 

One-man-show indécent 

Le 15 janvier, Macron a donc démarré son one-man-show à Grand Bourgtheroulde dans l’Eure, dans le but proclamé de « bâtir le socle de notre nouveau contrat pour la nation ». Ce tour des régions se terminera le 15 mars. Que ce soit à Grand Boutgtheroulde, dans le Lot ou dans toutes les régions au programme, le grand show est orchestré d’une main de fer par l’Élysée qui veut remettre en selle son « champion » de 2017. Dans cette optique, les questions sont triées, tout comme les participantEs, afin que rien ne bouscule ledit champion. 

Macron, à travers ces rencontres, renoue avec tous les codes de sa campagne présidentielle : retour du bras de chemise, des débats et surtout des réponses à n’en plus finir, retour de la démagogie à outrance, du mépris et de l’arrogance, retour d’un président qui écoute mais qui n’entend rien. Rien à la colère exprimée par les Gilets jaunes sur l’accentuation des inégalités, aux demandes de la répartition des richesses, aux exigences de plus de démocratie. Et Macron part battre la campagne comme si, depuis deux ans, il n’était pas au pouvoir et que sa politique n’avait pas eu des conséquences désastreuses pour la majorité de la population, comme l’avait déjà montré l’OFCE en 2018.

En dehors de la réalité

Sans surprise, Macron assène sur tous les tons et pendant des heures qu’il ne changera en rien sa politique. Et pire, à quelques semaines des élections européennes, afin de renouer avec un électorat très à droite, il entend instaurer des quotas d’immigration, met en place une loi « anti-casseurs » et propose, par la voix de son ministre de l’Éducation, de couper les allocations familiales pour les parents d’« enfants violents ». 

Mais concernant les revendications centrales des Gilets jaunes, comme par exemple le rétablissement de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), la réponse de Macron est sans appel : c’est niet ! Car pour lui, « ce n’est pas un sujet entre riches et pauvres pour moi, c’est un sujet sur : est-ce qu’on veut aider nos entreprises ou pas ? » Sur la fiscalité, pas une critique sur le CICE qui donne des milliards aux entreprises, pas un mot sur la TVA… Tout est appréhendé du point de vue de la réduction des dépenses publiques : moins d’impôts et donc moins de redistribution, moins de fonctionnaires et donc moins de services publics… Bref, un grand enfumage pour convaincre de la politique menée depuis deux ans et surtout pas pour écouter les revendications du plus grand nombre. 

Grand combat

À cette étape, le grand débat, qui était censé faire taire la mobilisation des Gilets jaunes, n’a pas atteint cet objectif, et c’est tant mieux. En effet, l’acte x du samedi 18 janvier a montré la détermination de ce mouvement et, dans de nombreuses villes, la mobilisation s’est même amplifiée. Et pour celles et ceux qui pensent que ce mouvement ne fera pas reculer le gouvernement, rappelons-leur que c’était ce qui était dit lors de la mise en place de la taxe carburant… et que le gouvernement a bel et bien reculé sur cette question. 

En lieu et place du grand débat, nous devons organiser le grand combat. C’est ce que fait depuis des mois, avec de nombreuses limites, le mouvement des Gilets jaunes. Il faut donc désormais amplifier cette mobilisation et le seul moyen d’y arriver, c’est que le mouvement ouvrier organisé dans son ensemble se saisisse des opportunités offerte par la situation, et converge avec le mouvement des Gilets jaunes. Il y a urgence !

Joséphine Simplon

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