Gouvernement et patronat préparent le pire. Mobilisons-nous pour de vrais « jours heureux »

Face aux conséquences de la crise sanitaire, dont l’emballement de la crise économique, le gouvernement de Macron et le Medef ont un projet clair : préserver les dividendes des actionnaires en faisant payer la note aux salariéEs et à la population. Les démasquer et envisager notre contre-offensive devient un enjeu vital pour ne pas laisser ce système dévaster nos vies et la planète.

«Si l’on prend l’intégralité des mesures budgétaires et de soutien à la trésorerie, l’État a mis 450 milliards d’euros sur la table […] soit 20 % de la richesse nationale pour sauver l’économie », déclarait Bruno Le Maire lundi 25 mai. Qui va rembourser ? « La question est, quand est-ce qu’il faudra rembourser ? Pas maintenant. [Mais] oui, il faudra rembourser, la dette perpétuelle n’existe pas ».

La volonté de nous tétaniser

Ces dernières semaines, les principaux patrons des différents secteurs ont défilé dans les bureaux ministériels et dans les commissions parlementaires pour défendre leur bout de gras et nous saturer d’informations : il faut sauver le tourisme, plus de 7 % du PIB et environ 2 millions d’emplois. Après les milliards promis à Air France, les patrons de l’aéronautique civile et militaire (Thales, Safran, Dassault et Airbus) se sont organisés autour d’une « task force » pour obtenir toujours davantage de l’État, agitant la menace de dizaines de milliers de suppressions d’emplois.

Et ce n’est évidemment pas mieux dans l’automobile, avec le cas de Renault, mais aussi de Nissan, qui envisage 20 000 suppressions d’emplois, surtout en Europe. L’Usine nouvelle relaie le 26 mai des estimations de reculs des ventes mondiales de voitures de 16 à 23 %. De quoi préparer le terrain aux annonces de Macron d’un plan de relance de la filière qui passera par des milliards de primes supplémentaires pour garantir aux groupes la rentabilité de leur réorganisation pseudo-écologique dans la production de véhicules hybrides et électriques. Alors même que les plans prévus continuent de démanteler les transports collectifs publics, à la SNCF, à la RATP…

Dernière nouvelle, le 26 mai, France Info citait le rapport des économistes du Groupe d’études géopolitiques selon lesquels l’expérience massive de télétravail montre « qu’entre 30 et 40 % des emplois qualifiés, des emplois de cols blancs, pourraient être délocalisés dans des pays à bas coûts. »

Contester leur légitimité, préparer notre contre-attaque

Pour résister à l’effroi, il faut se refaire le film de ces derniers mois, pour formuler nos priorités et déterminer nos points d’appui. Alors que la première vague de l’épidémie semble derrière nous, rien ne permet d’envisager que nous serions en capacité de nous prémunir davantage d’une deuxième vague. Des clusters se multiplient sur des lieux de travail, l’application des préconisations de sécurité dans des lieux de propagation active comme les transports ou les écoles est tout simplement impraticable, ce qui implique de ne pas relâcher notre vigilance. Nous devons développer nos revendications de protections adaptées : gratuité des masques et des tests dont l’utilisation doit être généralisée, réquisition et mise sous contrôle public (par les salariéEs et les usagerEs) des entreprises pharmaceutiques pour maîtriser la recherche et la distribution des traitements et vaccins dès qu’ils seront au point.

Si le coût humain du Covid-19 n’a pas été plus élevé, c’est d’abord grâce aux personnels de santé, à leur dévouement et leur créativité. L’épidémie a, d’une certaine façon, mis en pause les logiques destructrices du système de santé. Pendant quelques semaines ce ne sont plus les managers qui ont drivé mais l’urgence de répondre aux besoins. Mais il n’y aura pas de répétition possible, et les projets gouvernementaux pour l’hôpital ne présagent rien de bon. L’urgence est donc d’imposer les revendications construites par les mobilisations, depuis mars 2019, des personnels des urgences, puis de l’ensemble des hôpitaux. Ce sont celles et ceux qui font fonctionner ce système qui sont au premier rang pour la mobilisation.

Soutenir et développer les mobilisations

Mais c’est aussi un double enjeu pour la population : en tant qu’usagerEs du service public de santé, mais aussi sur un plan politique. Car chacunE peut mesurer que si les hospitalierEs ne remportent pas une victoire significative sur leurs revendications, nous serons touTEs affaiblis pour défendre nos revendications et nos emplois. La solidarité avec les hospitalierEs, c’est la solidarité bien comprise avec nous-mêmes, à commencer par les autres salariéEs de la fonction publique. Car le gouvernement a déjà annoncé que tout ce qui sera lâché aux unEs, sera pris aux autres. Si on ne veut pas laisser « remplacer » les enseignantEs par des logiciels, les employéEs territoriaux par des procédures dématérialisées, une victoire des hospitalierEs est déterminante. Il s’agit de mettre à l’ordre du jour l’embauche massive dans les services publics, avec une réduction du temps de travail qui est aussi une réponse à la menace de chômage et le moyen le plus efficace de répondre aux besoins de la population.

C’est ce que le NPA défend sur les lieux où le travail reprend, dans les quartiers populaires particulièrement fragilisés par la crise, et dans la construction de cadres unitaires pour soutenir les mobilisations qui se développent, dans les hôpitaux et les EHPAD, mais aussi face aux menaces de fermetures et de suppressions d’emplois chez Renault, à l’image des salariéEs des Fonderies de Bretagne qui ont décidé d’occuper leur usine, avec une détermination exemplaire.

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