Front national : Le temps des divisions ?

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Lorsqu’une potion magique n’a pas suffi – malgré les attentes et les promesses – pour venir à bout des légions adverses, il faut d’urgence en modifier la composition. C’est, en substance, ce que se sont dit très récemment les nationalistes du FN (qui aiment se prendre pour des Gaulois résistant aux invasions) après leur défaite au second tour de l’élection présidentielle puis aux législatives...

L’une des raisons de la défaite, outre l’incompétence avérée de Marine Le Pen pour concrétiser les propositions de son parti en matière économique, réside surtout dans le projet de sortie de l’euro. Celui-ci constitue un obstacle dans tous les rapports avec les courants majoritaires de la droite, mais aussi avec les organisations économiques de la bourgeoisie.

Débats et affrontements

Cette proposition fait actuellement l’objet de débats intenses au sein du parti d’extrême droite. Aux yeux de certaines fractions du FN, notamment du courant regroupé autour du vice-président Florian Philippot, cette revendication occupe une place centrale dans le programme du parti. À leurs yeux, la sortie de l’euro forme une recette-miracle, pour venir à bout de la crise économique (par « la souveraineté financière retrouvée ») et réaliser certaines promesses faites aux classes populaires. D’autres courants, au contraire, considèrent ce point du programme comme quantité négligeable. Parmi eux, on trouve ceux qui s’orientent le plus vers un regroupement avec les franges les plus réactionnaires de la droite, surtout sur fond de « défense des valeurs » catholiques et familialistes, alors que le clan Philippot tient à un positionnement « ni droite ni gauche », seul capable, selon lui, d’attirer un électorat venant des classes populaires.

Le conflit entre ces fractions a connu une nouvelle escalade. Le 12 juin dernier, le maire d’extrême droite de Béziers, Robert Ménard, a ouvertement remis en question la revendication de sortie de l’euro. Selon lui, si la France souffre de certains maux – immigration et « perte d’autorité » –, ce n’est pas la faute à l’Union européenne, la France étant « assez grande » pour commettre ses propres « bêtises »... Le 6 juillet, le Figaro titrait : « Le FN prêt à renoncer à la sortie de l’euro ». Le journal citait les propos du libéral Bernard Monnot, l’un des économistes officiels du FN et député européen : les deux tiers des FrançaisEs rejetant la sortie de l’euro, « même si nous avions raison économiquement, nous devons mettre ce projet dans un carton et proposer autre chose ». Cette offensive a fait l’objet d’une réponse véhémente de Philippot, mettant sa présence au FN dans la balance, mais se prévalant du soutien de la présidente du parti sur cette question.

Un équilibre précaire, un danger toujours présent 

Cette dernière tangue et cherche elle-même un équilibre précaire. Le 30 juin, elle a de fait retiré la présidence du groupe FN au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté – là où le FN avait obtenu son score le plus élevé aux régionales de décembre 2015 – à Sophie Montel, l’alliée la plus proche de Philippot. Celle-ci avait commis le sacrilège d’appeler à un changement de communication du FN sur l’immigration afin de rendre celle-ci « moins anxiogène ». En général, celles et ceux qui cherchent à estomper le profil du FN sur cette question-clé le payent très cher, puisque toute demande de modération sur cette question centrale dans l’extrême droite est vécue comme une atteinte à l’identité du parti (et de la nation, etc.). Samuel Maréchal, à l’époque gendre de Jean-Marie Le Pen et président de l’organisation de jeunesse FNJ, avait ainsi été écarté en 1999-2000 après une demande d’aggiornamiento sur cette même question... Pour faire bonne mesure, Marine Le Pen a aussi sommé Philippe Gannat, représentant d’un autre courant au sein du FN (plus « droitier » que celui de Philippot), d’abandonner la présidence du groupe FN dans les Pays de la Loire.

De plus, alors que Philippot est soupçonné de vouloir changer le nom du parti – il avait fait enregistrer en 2015 à l’INPI la dénomination « Les Patriotes », qui va par la suite devenir le nom de son association –, Marine Le Pen a d’abord rejeté cette idée... avant de se prononcer elle-même pour un changement de nom du parti. Le 28 juin sur BFMTV, elle a ainsi annoncé un « congrès de la refondation » en février ou mars 2018 censé se pencher aussi sur cette question-là.

À l’heure actuelle, le FN cherche ses marques, dans une opposition à Macron où il n’apparaît pas comme la force dominante. À la première occasion, le parti d’extrême droite va sans aucun chercher à rebondir : ainsi, il a déjà effectué des sorties contre le projet macronien de « réformer » le droit du travail, mais surtout contre la baisse programmée du budget des armées... Il faut donc rester vigilant, contre un parti qui demeure le pire ennemi des droits démocratiques et des oppriméEs.

Bertold du Ryon

 

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