Front national : En recherche d’alliances ?

Beaucoup ont été soulagés de voir le FN buter une nouvelle fois dimanche 13 décembre sur l’obstacle du second tour. Mais ils se sont aussi montrés peu rassurés du niveau record atteint par le FN : 6,8 millions de voix obtenues au second tour, un peu moins de 28 %...

Le pire est ici : 43 % des ouvriers et ouvrières ayant participé au vote auraient voté FN selon l’institut de sondage Ipsos. Selon OpinionWay, l’institut de sondage du très droitier Patrick Buisson (ex-rédacteur en chef de Minute, ex-conseiller du président Sarkozy), ce serait même 54 %. L’abstention dans ce groupe social atteindrait 51 % si l’on suit OpinionWay, 61 % selon Ipsos.
Mais au FN aussi, on se pose des questions. Celles-ci tournent autour du sempiternel problème du « verrou » du second tour. En effet, si le FN a montré qu’il est capable de marquer des coups importants au premier tour d’une élection, il a rarement réussi à s’imposer au second. Pour échapper à cette difficulté qui semble lui barrer la route des positions institutionnelles de pouvoir, le parti d’extrême droite pourrait tabler sur différentes options. Pendant ses quinze dernières années à la tête du FN, Jean-Marie Le Pen avait misé sur l’arrivée d’une situation de crise tellement aiguë que le peuple l’appellerait en tant qu’« homme providentiel ». Cette stratégie, qui allait de pair avec le refus de toute stratégie d’alliance ou de peser sur la droite (d’où la crise avec Bruno Mégret en 1998-1999), n’a pas fait ses preuves jusqu’à la fin de son règne sans partage sur le FN.

Le salut à droite ?

Afin de lancer une nouvelle offensive de charme vis-à-vis d’alliés potentiels, Florian Philippot (numéro 2 actuel) a déclaré qu’il tendait la main au souverainiste de droite Nicolas Dupont-Aignan, dont les listes avaient obtenu un peu moins de 4 % au premier tour. Or, plusieurs problèmes se posent. Le chef de Debout la France est un nationaliste de droite qui se revendique d’un héritage gaulliste plutôt que fasciste et a refusé la « main tendue ». Il ne fait aucun doute qu’il ne souhaite aucun partenariat exclusif avec le FN. Par ailleurs, même s’il souhaitait une alliance, son poids actuel serait insuffisant pour permettre un saut qualitatif au FN.

La solution ne pourrait venir que d’une partie substantielle de la droite UMP/LR. Une fraction de celle-ci s’est idéologiquement rapprochée du FN, et le propos de Nicolas Sarkozy entre les deux tours des régionales (« Le vote pour le Front national n’est pas immoral ») tend à banaliser ce dernier encore plus. Or, dans le même temps, LR souhaite récupérer des électeurs partis au FN ou tentés de franchir le pas, mais ne souhaite pas s’allier à la direction du parti lepéniste. Un obstacle important résiderait dans des discours économiques antinomiques – étatiste et démagogique pour le FN (avec quelques rectifications libérales depuis le début de l’été 2015), libéral assumé pour LR. Sauf si le FN acceptait de renoncer à sa démagogie sociale tournée vers les classes populaires, et en l’absence de nouveaux sauts dans la crise, il semble difficile de jeter un pont entre les deux.

Une telle alliance devrait d’ailleurs aussi être acceptée par les fractions dominantes du capital qui sont plutôt hostiles au « protectionnisme » mis en avant par le FN. Marion Maréchal-Le Pen paraît accepter un tel aggiornamento en matière économique en vue de permettre une alliance à droite. Sa tante Marine, nettement moins... En meeting le 10 décembre à Paris, elle a déclaré que le seul vrai clivage politique opposait « mondialistes » (LR sarkozyste et PS de Valls compris) et nationalistes... Un discours déjà tenu à l’identique en 1995 par Jean-Marie Le Pen et Samuel Maréchal, alors chef du FNJ... et père de Marion Maréchal-Le Pen !

Bertold du Ryon

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