Front de gauche : Mort... mais personne pour l’enterrer ?

Depuis l’élection présidentielle de 2012, la dynamique du Front de gauche est au point mort. Celle-ci a été bien attaquée lors des élections intermédiaires, où le PCF et le PG, les deux principales composantes n’ont pas eu la même stratégie vis-à-vis du PS. Aujourd’hui les divergences semblent indépassables.

Les dernières élections régionales ont été mortifères pour la coalition : illisibilité totale et stratégie à géométrie variable selon les régions qui ont abouti à ne recueillir que 4 % des suffrages. Le Parti communiste y a perdu près de la moitié de ses éluEs, et le Parti de gauche, dans son alliance avec Europe Écologie-Les Verts, a été loin très loin de ses espérances. Face à cette stratégie, le constat d’échec semble largement partagé par les deux protagonistes. 

Selon Dartigolles, porte-parole du PCF : « Le Front de gauche n’est pas arrivé à recomposer la gauche, malgré une dynamique positive jusqu’en 2012. Le PCF a pourtant mouillé la chemise, jusqu’à soutenir un candidat hors de ses rangs : Jean-Luc Mélenchon. Mais depuis, nous avons cherché à refaire le match. La stratégie du Front (de gauche) contre Front (national), notamment, est un échec. Elle nous a détournés de l’adresse au peuple de gauche. Nous sommes retombés dans les clivages, et le débat est revenu à de la stratégie électoraliste ». Et pour Coquerel, coordinateur du PG, le Front de gauche ne serait qu’« un cartel de partis qui ne correspond plus à la période politique ».

Chacun à sa manière met donc aux oubliettes le Front de gauche...

Démarches opposées

Et l’ambiance, ces dernières semaines, ne s’est pas arrangée, loin s’en faut. La divergence du moment concerne évidemment la présidentielle de 2017. Pour le PG, quel qu’en soit le cadre,  la question de la primaire ne se pose pas. Seul Mélenchon, qui a annoncé sa candidature, peut « prétendre à un score à deux chiffres », et la primaire n’est qu’« un concours Lépine du meilleur candidat ». Pour Mélenchon, dans une tradition finalement assez 5e République, la seule primaire qui vaille, « c’est le premier tour » de la présidentielle.

Pour le PCF, « La primaire convoque l’idée d’alternative de gauche, lui redonne ses lettres de noblesse. Elle permettrait de relancer un débat de contenu, de redéfinir des points d’accord »…y compris avec le PS. En effet, pour le PCF, des primaires de toute la gauche sont nécessaires pour « écarter l’impasse Hollande et Valls par l’émergence d’une autre voie à gauche »...

Et chaque composante, dans les faits, de préparer cette élection chacune de son côté : Mélenchon a annoncé que des procédures citoyennes, autour de sa candidature et de son site, géreraient en même temps la campagne de la présidentielle et les législatives de 2017, et le Conseil national du PCF en appelle à de larges assemblées citoyennes pour définir un socle programmatique commun et pour désigner des candidatures aux élections législatives, porteuses d’options communes à la gauche tout entière...

La guerre est déclarée

Sur les réseaux sociaux et par médias interposés, les mots doux fleurissent entre les deux composantes. Pour Dartigolles, Mélenchon ne « pense qu’à sa pomme pour la prochaine élection présidentielle », tandis que Mélenchon dénonce un « tir de barrage de [ses] prétendus amis du Front de gauche (…) ce quarteron d’apparatchiks qui me regarde depuis son balcon et me jette des pierres parce que c’est la seule activité à laquelle ils soient bons ». Ambiance.

Cette divergence de stratégie vis-à-vis du PS n’est pas une surprise. Mise sous le tapis lors de la constitution du Front de gauche et de la campagne des présidentielles 2012, elle n’a pas résisté aux élections suivantes. Mais quoi qu’il en soit, la disparition du Front de gauche met en lumière le défi politique majeur qui nous est posé : la nécessité de construire une alternative anticapitaliste à la gauche institutionnelle et à ses satellites.

Sandra Demarcq

 

Licence créative commons

Nos articles sont publiés sous licence Créative Commons. Voir les détails.