France insoumise & PCF : Sourires ou gueule de bois ?

-A +A
Politique
actualité

 

Il y a cinq semaines, Mélenchon se voyait déjà Premier ministre d’Emmanuel Macron en raflant la majorité à l’Assemblée nationale. Au soir du premier tour et selon les projections, La France insoumise et le PCF auront peut-être du mal à constituer un groupe parlementaire dimanche prochain...

Malgré un score de 14 % des voix à l’échelle nationale au premier tour des élections législatives, la « gauche radicale » devrait disposer au mieux d’une vingtaine de sièges dans la future Assemblée nationale. Soit l’équivalent d’il y a cinq ans, alors que dans le même temps, Mélenchon a progressé de huit points entre les présidentielles de 2012 et de 2017. Au vu de ses résultats, l’ambition de Mélenchon n’est donc plus de devenir le Premier ministre de cohabitation de Macron mais d’obtenir un groupe parlementaire avec le PCF, cela malgré les embrouilles et les luttes intestines.

Car certes, La France insoumise (seule) s’impose comme la quatrième force nationale et comme la première force à gauche, avec un score de 11 % au niveau national, et 69 de ses candidatEs ou ceux qu’elle soutient officiellement depuis plusieurs semaines (entre autres Mélenchon, Corbière, Coquerel, Autain ou encore Ruffin et Buffet) sont qualifiés pour le second tour. Par rapport à son score présidentiel (19,6 %), la perte de vitesse est réelle et l’on peut s’interroger sur la dynamique. Jusqu’à quand et jusqu’où ?

Panne de stratégie ?

Pour Mélenchon, La France insoumise, « mouvement politique totalement neuf, présentant ses candidats distinctement de tous les autres, sans tambouille » est « récompensée en étant confirmée dans sa position éminente telle que nous l’avions constituée à l’élection présidentielle ». Bref, pour les insoumis, ce premier tour a permis un « enracinement » du mouvement.

Mais le score se révèle très en-deçà des espoirs du mouvement. Certes, c’est bien mieux que les 6,91 % obtenus par le Front de gauche aux législatives de 2012, mais les 7 millions de voix recueillies il y a sept semaines avaient fait espérer autre chose. Et à gauche, certains ont une explication de la contre-performance de La France insoumise. Ainsi, le maire de Grenoble (majorité EÉLV-PG), Éric Piolle, qui avait voté Mélenchon au premier tour de la présidentielle, n’a pas apprécié la stratégie de ce dernier pour les législatives et considère qu’« il avait le pouvoir d’asseoir tout le monde autour de la table, en chef d’orchestre, mais a fait le choix de se comporter comme un caporal de forteresse »...

« L’humiliation » du PCF...

Même son de cloche chez les communistes qui considèrent que « Jean-Luc Mélenchon s’est mal comporté depuis le premier tour de la présidentielle, en abîmant l’espoir et le score qu’on avait obtenu », alors que, dans une telle période, « c’est le dialogue, le respect et la responsabilité qui devraient dominer à gauche. Ces trois cases, Jean-Luc Mélenchon a oublié de les cocher ». Ambiance...

Il faut dire que faute d’accord avec La France insoumise, les deux partis étaient en concurrence sur 434 circonscriptions et le PCF prend cher. Il est la principale victime de la désunion en ne recueillant que 3 % des voix, dépassant toutefois les 20 % dans 10 circonscriptions. En revanche, il fait moins de 5 % dans 374 circonscriptions et même moins de 1 % dans 35 d’entre elles. Par ailleurs, dans plusieurs circonscriptions que le PCF espérait (re)conquérir, il a été éliminé... au profit de La France insoumise. Une situation faisant dire à Mélenchon : « Ce n’est pas moi qui ai imposé au PCF l’humiliation de se retrouver à 3 % ce soir. Notre famille politique nous a donné raison : le problème est réglé par les urnes ».

Malgré tout, treize candidats du PCF seront au second tour dimanche, mais cela ne peut suffire à cacher que le parti sort de ce premier tour très affaibli, tant politiquement que  financièrement...

Et après ?

Au final, un peu moins de 80 candidatEs de la FI et du PCF seront présents ce 18 juin. Pour obtenir un groupe parlementaire, la seule solution pour les deux partis est de s’unir. C’est dans ce sens que le PCF appelle donc à voter pour les candidatEs de La France insoumise et vice-versa, pour essayer ensuite de constituer un groupe et de créer ainsi une « opposition parlementaire » à Macron.

Pour notre part, nous sommes convaincus que la seule opposition à ce gouvernement sera celle de la rue, du monde du travail. Refuser tous les projets de régression sociale et liberticides, s’inscrire dans la perspective d’une transition sociale et écologique réelle, c’est se préparer à un affrontement avec le capital. La suite dépendra donc du « rapport de forces », en France et en Europe, de la lutte des classes.

En ce qui concerne ce dimanche, nous préférons évidemment des députés se positionnant clairement contre les futures attaques contre le droit du travail, nos retraites, laSécurité sociale, à celles et ceux qui les soutiendront. Pour battre les candidatEs de Macron et de la droite, les candidatEs des ordonnances et de l’état d’urgence à perpétuité, le NPA appelle à utiliser le bulletin France insoumise ou PCF là où ces candidatEs sont présents au second tour.

Sandra Demarcq