Fillon: la fuite en avant...

Rien ne va plus au sein des états-majors « de la droite et du centre » depuis l’annonce de la très probable mise en examen de Fillon et son entêtement à ne pas laisser la place... et ainsi faire perdre son camp !


Mais le rassemblement du Trocadéro n’a visiblement pas été le baroud d’honneur de Fillon le menteur, espéré par certains dans son propre camp.


Fillon et la théorie du complot
Alors qu’ils sont tous deux convoqués pour être mis en examen les 15 et 18 mars prochain, que leur domicile parisien et leur château sarthois ont été perquisitionnés, Fillon et son épouse ont tenté dimanche une piètre riposte médiatique. La fidèle épouse est sorti du silence en accordant une interview au Journal du dimanche... en présence de son avocat ! Pour affirmer sans sourciller qu’elle a bien travaillé dans l’ombre pour son mari depuis 1988... en complète contradiction avec ses déclarations de 2007 : « Je n’ai jamais été son assistante, ou quoi que ce soit de ce genre-là. »
Le problème, c’est que les policiers chargés de l’enquête n’ont toujours pas trouvé de traces tangibles d’un travail effectué par Penelope Fillon, que ce soit comme assistante parlementaire de son époux ou de son ancien suppléant, Marc Joulaud, cela pour des salaires représentant un montant total de 831 440 euros ! Même chose pour les deux enfants du couple, eux aussi, payés comme assistants parlementaires lorsqu’ils étaient étudiants...
Voir Fillon se poser en victime d’un complot des juges et de la presse de gauche n’est pas du goût de tous ses amis de droite. Pourtant aller chercher dans les poubelles de l’histoire les thèses complotistes, de la part d’un candidat soutenu par les franges les plus extrêmes de la droite, ce n’est pas si étonnant que ça...


Rien n’est réglé
Alors que Fillon a encore affirmé dimanche au Trocadéro qu’il tiendra le même cap malgré la tempête, les rats quittent le navire de plus en plus nombreux. Le quotidien Libération a même lancé une page spéciale « le compteur des lâcheurs de Fillon » ! Dimanche soir, après le rassemblement des Fillonistes acharnés au Trocadéro, le compteur affichait plus de 300 lâchages. De Lemaire et son entourage à la garde rapprochée de Juppé, en passant par des fidèles de Sarkozy comme Estrosi ou Lellouche, sans oublier son propre directeur de campagne Stefanini et son porte-­parole Solère, Fillon voit ses soutiens d’hier ou de toujours l’abandonner. C’est aussi l’ensemble de l’UDI qui a annoncé son retrait de la campagne Fillon et les désistements de centaines d’élus locaux s’enchaînent.
Sarkozy et Juppé communiquent de plus en plus sur le retour d’un plan B... mais Juppé n’ira pas lui-même à la rescousse. Et en l’absence de solution alternative au sein de la droite, l’état-major des Républicains réuni lundi soir dans l’urgence pour au départ proposer une « voie de sortie digne » à Fillon... a fini par voter son soutien à celui-ci ! Mais rien n’est réglé : la dégringolade de l’ex-futur champion de la droite dans les sondages, avec surtout tous les pronostics l’annonçant derrière Le Pen et Macron au premier tour, continue à affoler son camp. Tout ce petit monde-là n’imaginait pas que la formidable victoire de Fillon à la primaire de droite se transformerait en machine à perdre l’élection présidentielle !


Le rempart de Fillon : la droite la plus extrême
Face à la cascade de désertions dans son propre camp, François Fillon peut compter sur l’indéfectible soutien d’une grande partie de la nébuleuse Manif pour tous. Ce sont les militants de cette mouvance, Sens commun en tête, qui ont été à la manœuvre pour rameuter le plus de monde possible au rassemblement du Trocadéro. À peine le mot d’ordre lancé par l’équipe de Fillon « d’un grand rassemblement populaire », les comptes Twitter de la « cathosphère » ont surchauffé.
Ainsi, le réseau fait tourner une pétition lancée par un mystérieux « collectif d’électeurs excédés appelant à un rassemblement pour la démocratie ». L’argumentaire du texte est à l’avenant : « Nous, électeurs résistants, exigeons que la candidature de François Fillon aille à son terme. Nous appelons tous les Français exaspérés par la collusion médiatico-judiciaire de la gauche à nous rejoindre dans un nouveau rassemblement pour la démocratie en danger. Aucun juge, aucun média, aucun syndicat de gauche avec casserole et barrage routier, aucune mise en examen pré-électorale ne saurait, à deux mois d’un scrutin décisif pour notre pays, nos institutions et notre civilisation, entraver le cours démocratique de l’élection présidentielle ».
Pas sûr que ce soit suffisant pour sauver Fillon du naufrage dans les urnes ou même avant, mais cela permet de confirmer sur quelle orientation politique celui-ci avait misé pour accéder à l’Élysée... Il semble que cette option ne soit plus celle jugée gagnante par le reste de sa famille politique. Mais ont-ils d’autres possibilités ?
Marie-Hélène Duverger

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