Européennes : Macron, sauveur suprême ?

Dans une tribune publiée en 28 langues et dans divers quotidiens européens (The Guardian, Die Welt, El Pais, Corriere della Serra…), Emmanuel Macron s’est posé en sauveur d’une Union européenne en crise, espérant donner le coup d’envoi symbolique d’une campagne qui s’annonce déjà, en France, marquée par le contexte de mobilisation sociale, autour notamment du mouvement des Gilets jaunes.

À la lecture de la tribune de Macron, on aurait presque l’impression que celui qui entend montrer la voie aux peuples européens pourrait se targuer de réussites dans son pays. Voilà qui ne manque pas de faire sourire, mais aussi grincer des dents, lorsque l’on regarde la situation politique et sociale en France : rétrécissement spectaculaire de la popularité de Macron depuis son élection, contestation tous azimuts, avec notamment le mouvement des Gilets jaunes, crise politique sans fin au sein de la Macronie, fuite en avant autoritaire pour faire taire toute contestation…  

« Renaissance européenne » ?

Mais de quel bilan national Macron peut-il bien se vanter ? À moins qu’il ne s’agisse, une fois de plus, d’opérer une diversion aussi discrète qu’une sortie d’Alexandre Benalla, en se posant en seul recours face aux courants les plus nationalistes et réactionnaires qui ne cessent de progresser aux quatre coins de l’Europe. Et à ce petit jeu, le moins que l’on puisse dire est que Macron n’est guère crédible, lui qui, tout en agitant l’écran de fumée d’une « renaissance européenne », se pose en défenseur de l’UE, de ses institutions, de sa monnaie, de ses politiques libérales et destructrices. Les mêmes politiques qui, en générant toujours davantage de misère, de précarité, de désespoir, sont le terreau fertile sur lequel se développent les courants les plus réactionnaires, qui ont dû se féliciter de la tribune de leur meilleur ennemi Macron. Le Premier ministre hongrois Orbán ne s’y est d’ailleurs pas trompé, qui a salué dans le texte du président français « un bon point de départ pour un dialogue sérieux et constructif sur l’avenir de l’Europe » (sic). 

« Il faut faire plus, plus vite »

Il faut dire qu’au-delà des postures et des déclarations d’intention grandiloquentes, Macron a fait une série de propositions qui ne sont pas pour déplaire aux droites extrêmes et aux extrêmes droites. Ainsi en va-t-il notamment des pistes évoquées autour des questions de frontières et de migrations. « Je crois, face aux migrations, à une Europe qui protège à la fois ses valeurs et ses frontières », écrit ainsi Macron, qui explique qu’il faut « remettre à plat l’espace Schengen » et mettre en place « une police des frontières commune et un office européen de l’asile, des obligations strictes de contrôle, une solidarité européenne à laquelle chaque pays contribue ».

Le président français défend en outre la perspective d’un « traité de défense et de sécurité » et d’une « augmentation des dépenses militaires » pour « protéger notre continent ». Une rhétorique qui, là encore, bien qu’elle puisse heurter la sensibilité de certains nationalistes peu favorables à une défense européenne commune, s’inscrit dans une logique de construction d’une Europe forteresse et militariste dont on ne voit pas bien ce qu’elle aurait de « progressiste »… 

Aucune rupture en vue donc, mais au contraire une continuité assumée, une reprise des thématiques des courants les plus réactionnaires, et une promesse d’accélération des contre-réformes (« Il faut faire plus, plus vite ») qui devraient renforcer toutes celles et tous ceux qui sont déterminéEs à ne pas se laisser duper par le chantage de Macron et à se mobiliser en conséquence. 

J.S.

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