Européennes : la fuite en avant pour ne pas répondre aux mobilisations sociales

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Depuis le 17 novembre et l’irruption de la mobilisation des Gilets jaunes, secouant et contestant les institutions mais aussi les partis institutionnels, la question des élections européennes était passé au second plan dans les discours des différentes forces politiques. Cela n’empêchait ni les uns ni les autres de distiller leur propagande : protectionnisme versus libéralisme, repli national versus défense des institutions de l’Union européenne et, pour la plupart des forces politiques institutionnelles, accord pour considérer la question des réfugiéEs comme un « problème ».

Les échéances électorales se rapprochant à grands pas, les différentes forces politiques sont obligées de dévoiler plus précisément leur jeu avec une contrainte commune : capitaliser sur les mobilisations sans amener aucune réponse politique concrète ni aux Gilets jaunes, ni à touTEs celles et ceux qui galèrent entre précarité et bas salaires, ni aux salariéEs qui tentent de résister aux plans de licenciements et de suppressions d’emplois dans le privé comme dans le public, ni aux jeunes qui se mobilisent sur les questions écologiques, ni aux réfugiéEs qui veulent vivre dignement, ni aux femmes qui ne lâchent pas sur l’égalité salariale et la lutte contre toutes les formes de sexisme…

Macron en sauveur de l’UE

Il y a ceux pour lesquels les choses sont simples, qui font la course électorale en tête dans les sondages et qui se sont auto-désignés comme les meilleurs adversaires : LREM et le Rassemblement national. Le plus que jamais « parti de Macron » parle à l’oreille de celles et ceux qui, en panique face aux mobilisations sociales, rêvent d’ordre et de stabilité pour garantir leur position. Pour faire tenir l’attelage acrobatique de tous les ralliés (MODEM, AGIR, radicaux, ex écolos en quête de places) une seule solution : placer Macron au centre avec le rêve délirant de réitérer son tour de passe-passe de la présidentielle sur le terrain européen. C’est la fonction de la tribune grandiloquente et creuse « Pour une renaissance européenne » adressée à grand renfort de battage médiatique aux « citoyens d’Europe » le 5 mars, qui tente d’ériger Macron en « sauveur » d’une Union européenne en perdition. Alors qu’en France, ses vertus de dialogue avec les mobilisations se résument aux matraques et aux cellules de garde à vue et de prison, ses discours vides et prétentieux risquent surtout de nourrir le rejet de l’Europe des élites et de sa personnalisation du pouvoir. C’est bien pour cela que le meilleur argument de campagne du RN est d’en dire le moins possible. La campagne se déroule sur son terrain de prédilection : le sentiment de peur, des étrangerEs, de la précarité, de l’avenir. Il se contente de dénoncer le mépris du pouvoir pour les classes populaires, en se gardant bien de parler de sa politique sociale et économique libérale.

Rupture du monde du travail avec la gauche institutionnelle

Il y a ceux pour lesquels cette campagne électorale commence comme une dégringolade institutionnelle qui s’accompagne évidemment de tiraillements et de déchirements internes. Alors que Les Républicains courent derrière le RN sans autre effet que de se ridiculiser, la gauche institutionnelle (EÉLV et LFI mis à part) est confrontée au dilemme de trouver d’impossibles alliances ou de disparaître de ce qui est leur moyen et leur raison d’exister, les tribunes parlementaires. Si EÉLV et LFI semblent sauver quelques meubles, c’est en restant en-dessous des 10 % des intentions de vote. Un des symptômes de la rupture du monde du travail avec la gauche institutionnelle.

Cela ne signifie pas pour autant qu’un boulevard électoral s’ouvrirait devant le NPA. Nous ne pouvons pas nous satisfaire de l’abstention d’une grande majorité de notre classe, parce qu’elle laisse le terrain électoral à nos adversaires. Nous ne pouvons pas nous contenter d’une posture de commentateur, parce que nous savons que les effets de cette campagne, avant même les résultats, seront délétères et dangereux. C’est pour cela que nous voulons faire entendre une voix clairement anticapitaliste, internationaliste et révolutionnaire. Nous ne prétendons pas être le débouché politique des Gilets jaunes, ni des mobilisations, mais nous voulons utiliser cette campagne pour faire entendre des idées, des revendications qui seront utiles au renforcement de ces mobilisations et à leur convergence pour un « TouTEs ensemble ». Mais pour pouvoir faire entendre notre voix jusqu’au bout, en présentant une liste, il nous reste à trouver les moyens financiers, car la démo­cratie institutionnelle a un coût, c’est la sélection par l’argent. C’est pour cela que nous appelons à verser à la souscription du NPA.

Cathy Billard

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