Encourageante relaxe de deux « décrocheurEs » de portraits de Macron

Fanny Delahalle et Pierre Goinvic, militantEs de l’ANV-COP21, on comparu devant le tribunal de grande instance de Lyon le 2 septembre. Deux semaines plus tard, malgré les réquisitions du procureur, les deux militantEs ont été relaxés. Une décision qui encourage à poursuivre les actions de désobéissance civile pour sonner l’alarme sur l’inaction du pouvoir concernant le réchauffement climatique.  

«C’est une très très bonne surprise, on avait un petit espoir que ça arrive comme très peu de fois dans l’histoire. C’est une vraie victoire aussi, car ce jugement, c’est 8 pages de motivation qui montrent que le juge a tout compris aux objectifs de ces actions de décrochage, qu’il reconnaît que l’État n’est pas à la hauteur des enjeux, qu’il est légitime de passer à la désobéissance civile. » Ainsi s’est exprimée Fanny Delahalle, dans une interview à Libération, quelques heures après que le jugement a été rendu. Du côté de l’ANV-COP 21, on évoque « une décision historique qui acte le non-respect des objectifs climatiques de la France et la légitimité des actions de désobéissance civile face à l’urgence climatique ».

« Devoir de vigilance critique »
Il faut dire qu’au regard des précédentes condamnations de « décrocheurs », le jugement du TGI de Lyon constitue une véritable rupture, qui pourrait faire jurisprudence. Les attendus sont éloquents, qui indiquent que la prise de conscience du danger du réchauffement climatique et de l’incurie des pouvoirs publics fait petit à petit son chemin. On peut lire ainsi dans lesdits attendus que « face au défaut de respect par l’État d’objectifs pouvant être perçus comme minimaux dans un domaine vital, le mode d’expression des citoyens en pays démocratique ne peut se réduire aux suffrages exprimés lors des échéances électorales mais doit inventer d’autres formes de participation dans le cadre d’un devoir de vigilance critique ». En d’autres termes, que la démocratie ne peut se résumer à glisser tous les cinq ans un bulletin de vote dans une urne, et qu’il est légitime d’agir pour contester les (non-)politiques gouvernementales, y compris en désobéissant à la loi.
Des attendus dans lesquels on peut également en lire que « la France s’est engagée sur le plan international et sur le plan interne, selon essentiellement trois indicateurs, à respecter des objectifs qui sont apparus au gouvernement sans doute insuffisants mais du moins nécessaires à une limitation, dans une mesure supportable pour la vie sur terre, d’un changement climatique inéluctable, mais que les pièces produites par la défense témoignent que ces objectifs ne seront pas atteints ». En d’autres termes (bis), que Macron, qui s’est posé, la dernière fois lors du G7, en champion de la sauvegarde de la planète, ne se donne même pas les moyens d’atteindre des objectifs officiels déjà insuffisants.
Alors certes, cette décision de justice ne va pas bouleverser la donne ; toutefois, elle est non seulement révélatrice d’un changement dans l’air du temps et d’un gain de popularité du militantisme pour le climat, y compris lorsqu’il prône la désobéissance civile, mais aussi un point d’appui fondé en droit pour les nécessaires actions à venir. Le tribunal, lucide et particulièrement offensif, a ainsi expliqué que le « décrochage » de portraits devait être interprété « comme le substitut nécessaire du dialogue impraticable entre le président de la République et le peuple ». Voilà qui a dû faire siffler quelques oreilles du côté de l’Élysée et de Matignon, et l’on ne peut que s’en réjouir.

J.S.

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