Droite : L’urgence d’attendre

Le 11 juillet dernier, Les Républicains ont étalé au grand jour leurs divisions lors d’un bureau politique, dernière péripétie en date de la crise provoquée par leur défaite à la présidentielle et aux législatives.

À l’ordre du jour de ce bureau figuraient, outre les dates du prochain congrès, l’examen d’une éventuelle exclusion des six « traîtres » : les quatre ministres LR du gouvernement Macron (Philippe, Le Maire, Darmanin et Lecornu) et deux députés « Constructifs », Solère – président du groupe parlementaire créé en soutien au gouvernement – et Riester. Aucune sanction officielle n’avait été prise jusque-là. Au sujet de Le Maire, par exemple, le secrétaire général de LR, Accoyer, avait déclaré au lendemain de sa nomination de ministre de l’Économie qu’il ne faisait plus partie des Républicains, mais Baroin l’avait démenti le lendemain en ajoutant qu’il n’était pas ­formellement exclu...

Un bureau qui fait pschitt

L’heure était donc venue de prononcer leur exclusion. Les « traîtres » ont été convoqués... mais ne se sont évidemment pas déplacés. Et au final, ce qui est sorti officiellement de ce bureau politique, c’est que des sanctions ont été prises contre deux des six : Darmanin, l’actuel ministre du Budget, et Lecornu, secrétaire d’État à la Transition écologique... qui se voient démis de leurs fonctions exécutives chez LR. Le premier était président de la fédération LR du Nord, le second, secrétaire départemental de la fédération de l’Eure. Autant dire que les intéressés s’en moquent bien, depuis leur place au gouvernement. 

On a eu depuis connaissance des rebondissements qui ont eu lieu lors de ce BP. Les premiers échos à la presse avaient été donnés par Larcher qui, une fois assuré qu’il n’y aurait pas d’exclusions, s’était empressé de quitter la réunion. Il craignait que ces exclusions compromettent sa réélection de président du Sénat après les élections sénatoriales du 24 septembre prochain. Mais lui une fois parti, et sur l’insistance de Copé, Morano, Ciotti et Peltier, un texte indiquant que les six s’étaient exclus d’eux-mêmes a été mis en discussion sans qu’un accord soit trouvé. « C’était pas beau à voir », s’est confié un des participants sur Europe 1... 

Beaucoup de bruit pour rien

Au final, les six incriminés se voient reconnus coupables de s’être « placés hors des règles du mouvement » sans qu’aucune une exclusion ne soit prononcée. La possibilité de celle-ci sera examinée par une commission... dont la décision devrait être rendue en octobre.

Beaucoup de bruit pour rien, et un ridicule qui illustre la crise dans laquelle se débat la droite. Une des raisons essentielles en est l’impossibilité pour LR de s’opposer à la politique de Macron. 23 députés ont créé les Constructifs pour soutenir le gouvernement.

D’autres dirigeants comme Xavier Bertrand et Valérie Pécresse – qui a annoncé il y a une dizaine de jours la création de son propre mouvement « Libres ! » sans quitter LR – s’affirment en rupture avec le courant « ultra-conservateur » de Wauquiez, un courant qui envisage l’alliance avec l’extrême droite. Mais même dans ce courant, difficile de s’opposer à Macron. Ainsi Ciotti a-t-il déclaré devant l’énorme cadeau fiscal offert par le gouvernement aux plus riches : « Je soutiens les baisses des impôts mais... » Au final ce sont 75 des 100 députés LR qui se sont abstenus lors du discours de politique ­générale de Philippe.

L’autre décision prise par ce BP a été de fixer la date de l’élection à la présidence du parti les 10 et 17 décembre prochain. Un candidat assuré pour l’instant, Wauquiez...

Galia Trépère

 

Licence créative commons

Nos articles sont publiés sous licence Créative Commons. Voir les détails.