Déconfinons nos revendications pour de vrais « jours heureux »

Le monde se déconfine lentement, les colères aussi. L’assassinat de George Floyd a suscité une vague de manifestations dans les grandes villes des États-Unis, mais aussi à Londres, Berlin, Montréal… Plus près de nous, la Marche des Solidarités a réuni le 30 mai dernier 5 500 personnes à Paris en soutien aux sans-papiers. Preuve que ni l’état d’urgence, ni le couvre-feu ne peuvent éteindre la colère face aux injustices, au racisme d’État et à un système économique profondément destructeur. 

Une crise du système capitaliste

Ce système, fondé sur l’offre et la demande a pour seul moteur la course aux profits au détriment du vivant, est la cause de la maladie qui a sidéré l’Europe ce printemps et le monde entier. Dirigeants politiques, chefs de grandes entreprises et commentateurs voudraient pourtant nous faire croire que la crise est due au l’épidémie de Covid-19, comme si la voile tendue d’un bateau était la cause du vent qui souffle…

Certes, la maladie est là et ce n’est pas anodin. Si le confinement a réussi à « aplatir la courbe » des admissions en réanimation et des décès, éviter la submersion du système de santé, il reste bien du chemin à parcourir pour que nos modes de vie, nos modes de production changent pour que de véritables « jours heureux » adviennent.

Des chiffres à faire peur et l’urgence sociale

Les pertes sont considérables, et Bruno Le Maire n’a jamais manqué une occasion de dramatiser la situation évoquant début avril « une situation comparable à celle de 1929 ». L’Insee estime fin mai que l’activité a reculé de 22 %, la perte d’activité la plus importante depuis que la série statistique existe, c’est-à-dire depuis 1972 !

Ces chiffres ne sont pas malheureusement pas là seulement pour faire peur aux travailleurs, les pousser à la résignation et à accepter « un monde d’après » qui ressemble furieusement à celui d’avant… en pire ! La perte d’activité se reflète de façon bien plus évidente dans les chiffres du chômage : le nombre de demandeurs/ses d’emploi a bondi de 22 % en avril, soit 843 000 inscrits de plus qu’en mars. Et les prochains mois semblent bien sombres pour nombre de précaires, intermittentEs, travailleurs/ses peu qualifiéEs.

Les vieilles recettes du gouvernement

Les solutions du gouvernement ? Les mêmes qu’avant, les mêmes que pendant l’urgence sanitaire : remise en cause des 35 heures, jours de congés rognés… (pardon, donnés !), cadeaux aux entreprises. Quelques voix se sont bien élevées dans le camp de la droite pour réclamer plus de régulation, voire un retour à plus de planification… ce qui ne saurait correspondre au projet des bourgeoisies nationales : accroître la part de la richesse dévolue au capital.

La casse sociale continue donc, avec pour premier chantier l’hôpital. Le « Ségur de la santé » présage de tout sauf d’un changement de cap. Macron a annoncé des mesures d’investissement en matières de locaux et d’équipements et une réforme de la gouvernance, redonnant une place aux médecins qu’ils avaient perdue ces douze dernières années…, mais toujours pour gérer la pénurie. 

Sur la question cruciale du recrutement et de la formation pour créer les dizaines de milliers d’emplois permettant à l’hôpital d’assurer à tous sécurité, qualité et proximité des soins, rien ! C’est pourtant l’une des revendications centrales des luttes des hospitaliers ces derniers mois, dont l’évidence a été mise au grand jour par la Covid-19. Au lieu de cela, la vieille recette du « travailler pour gagner plus » semble devoir s’appliquer à l’hôpital comme ailleurs, pendant que les suppressions de postes vont continuer de pleuvoir. 

Il n’est qu’à voir ce qui se passe dans le secteur automobile, et notamment chez Renault, qui a reçu un prêt de 5 milliards d’euros, garanti par l’État, et vient d’annoncer la suppression de 15 000 postes dans le monde, et 4 600 en France.

De premières ripostes qui en appelant d’autres

La riposte ne s’est pas fait attendre. À Caudan, au Fonderies de Bretagne, c’est la quasi-totalité de la boîte qui s’est mise en grève. À Maubeuge, une première manifestation a eu lieu le 29 mai.

Ces mobilisations s’ajoutent à celle des hospitaliers qui se remobilisent depuis le 21 mai et à celle des sans-papiers. Ce premier déconfinement des revendications du monde du travail en appelle d’autres, plus fortes et plus massives ; pour imposer les revendications d’urgence nécessaire dans la situation : 

• Pas une suppression de postes, que ce soit dans le public et dans le privé,

• Embauche massive dans le service public, à l’hôpital et à l’école,

• Réduction du temps de travail : travailler tous pour travailler moins,

• Ouverture des livres de comptes des entreprises qui suppriment des postes,

• Augmentation des salaire de 300 euros pour touTEs !

• Liberté de manifester,

• Régularisation de tous les sans-papiers

C’est en s’organisant dans nos boîtes, nos hôpitaux, nos écoles et nos quartiers que nous pourrons ne plus subir les violences policières, ne plus être la variable d’ajustement d’un système qui s’engage aujourd’hui dans une course folle pour maintenir ses profits et les accroître sur le dos de celles et ceux d’en bas. Il est plus que temps de prendre confiance en notre propre pouvoir et de le montrer dans la rue le 16 juin prochain avec les hospitalierEs.

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