Contre les injustices et la répression : grèves, blocages, Macron dégage !

Malgré les manœuvres gouvernementales et les difficultés qu’elle rencontre, la mobilisation des Gilets jaunes se maintient. La réussite de la grève du 5 février conditionnera beaucoup de choses concernant la trajectoire du mouvement.

La semaine a bien commencé avec la réunion, les 26 et 27 janvier de la coordination de Commercy. Celle-ci a rassemblé 350 personnes, 75 délégations mandatées et une trentaine en observateurs (voir page 12). Même si cette initiative ne reflète pas toute la réalité du mouvement dans sa diversité, c’est un point d’appui pour coordonner, structurer la mobilisation, tant sur le fond que sur l’agenda. La coordination appelle à la grève le 5 février, comme l’une des principales figures du mouvement, Éric Drouet.

De leur côté, Macron et son gouvernement sont encore paralysés politiquement. Le « Grand débat » ne fait pas illusion, et la seule tactique semble être la répression policière. Celle-ci s’est encore déployée à une échelle de masse dans les mobilisations de samedi dernier. Le site https ://alloplacebeauvau.mediapart.fr recense à l’heure actuelle 160 blessures à la tête, 18 éborgnéEs, 4 mains arrachées (voir ci-dessous). Sans parler de la loi anticasseurs en débat à l’Assemblée nationale (idem)…

Vers un point de bascule

Un millier à Rouen, à Tarbes, 2 000 à Quimper, 3000 à Dijon, Nantes, 5 000 à 10 000 à Bordeaux et Toulouse : la mobilisation reste importante même si elle peine à Paris et que la majorité des ronds-points ont été débloqués par la répression policière.

De plus, l’éclatement politique du mouvement est un élément de faiblesse, car il a du mal à formuler une orientation, des revendications, tandis que certains éléments se laissent aspirer dans le Grand débat ou dans une logique institutionnelle avec la préparation de listes aux élections européennes.

Le fait qu’un groupe fasciste se soit permis d’attaquer le cortège du NPA samedi 26 janvier n’est pas un simple concours de circonstances. Nous sommes à un moment charnière : beaucoup de Gilets jaunes se tournent vers le 5 février, la préparation de la grève, en sentant que les manifestations du samedi et les blocages ont montré leur limite. Soit la bascule et l’unification entre Gilets jaunes et mouvement ouvrier organisé se fera et une victoire sera possible contre Macron, soit au contraire le reflux se poursuivra et la démoralisation laissera davantage d’espace à l’extrême droite.

L’enjeu de l’entrée en mobilisation du mouvement ouvrier organisé

Mais il y a de quoi être optimiste, car de vrais points d’appui existent. La pression politique exercée par le mouvement des Gilets jaunes entraîne, lentement mais sûrement, les équipes syndicales et les militantEs à se lier au mouvement et à organiser des mobilisations dans les entreprises sur la question des salaires. La mobilisation se structure, avec des assemblées générales dans de nombreuses villes, qui débattent des revendications et des rythmes du mouvement.

En Isère, en Seine-Maritime, dans les Pyrénées-Orientales par exemple, des appels syndicaux reprennent explicitement l’idée d’une convergence avec les manifestations du samedi. L’Union des travailleurs de la métallurgie CGT 38, par exemple, déclare que « la place de la CGT n’est pas à côté, mais bien au milieu de cette irruption citoyenne et populaire de tous les laissés-pour-compte de la mondialisation libérale […] et appelle dès à présent les salariéEs à rejoindre les rassemblements des gilets jaunes, que ce soit sur les différents ronds-points du département ou lors des manifestations de gilets jaunes actuellement organisées chaque samedi […] et les syndicats CGT de la Métallurgie à s’organiser avec les salariéEs dans les entreprises pour bloquer l’économie ce mardi 5 février », tandis que, chez STM, chaque semaine est organisé un « acte » devant l’entreprise pour des augmentations de salaires.

Malgré la politique des directions syndicales centrales, de nombreuses sections CGT, Solidaires ou FSU, poussent pour la réussite du 5 février et la participation aux manifestations du samedi.

Pour gagner

C’est de cela dont Macron et l’extrême droite ont peur : que les travailleurEs précaires, isoléEs, les chômeurEs, les retraitéEs s’unissent avec les salariéEs des plus grosses structures pour réclamer des augmentations de salaire et, plus largement, remettre en cause la politique globale que nous subissons.

À cette étape, même des grèves minoritaires dans les entreprises joueront un rôle important, car le 5 février doit être le signal qu’il est possible de gagner et que la grève reste le meilleur moyen de mettre en difficulté le gouvernement. En s’appuyant sur cette dynamique, le NPA a été à l’initiative d’une réunion unitaire avec 17 organisations syndicales, associations, partis pour renforcer la grève du 5 et converger avec les Gilets jaunes.

En effet, pour gagner, il s’agit de tout mettre en œuvre pour construire un mouvement de masse sur la question des salaires, et aussi pour dégager Macron, faire aboutir les revendications de chaque secteur, remettre en cause le pouvoir de la bourgeoisie de décider à notre place. Les institutions de la 5e République sont en difficulté, il faut pousser la discussion jusqu’à la remise en cause de ces structures qui permettent à une minorité de décider, et poser la question du pouvoir (« Qui dirige la société ? ») en défendant la perspective d’un gouvernement des travailleurEs en lutte qui réorganise toute la société.

Antoine Larrache

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