Contre la politique de la matraque, ne lâchons rien !

Défaire toute résistance est la priorité du gouvernement : il veut infliger des défaites à tous les mouvements sociaux, à tous les secteurs, à toutes les luttes.

Alors que sa politique est de plus en plus contestée, alors que la grève des cheminotEs bat son plein, que dans les universités le mouvement contre la loi Vidal qui instaure la sélection s’élargit et se renforce… Macron affiche son choix de la répression la plus brutale en décidant l’expulsion des zadistes de Notre-Dame-des-Landes.

Notre-Dame-des-Landes est plus qu’un symbole, plus qu’une victoire à l’heure où le mouvement social en manque cruellement. C’est aussi une démonstration grandeur nature de la possibilité, sinon d’un autre monde, d’autres rapports, d’une autre façon de produire, de vivre ensemble, de décider, de lutter et… de gagner. 

Un gouvernement de casseurs

Lundi 9 avril à l’aube, 2 500 gendarmes mobiles et des véhicules blindés ont attaqué la ZAD, en interdisant l’accès à la presse et en faisant un usage massif de grenades assourdissantes et lacrymogènes. Pour expulser par la force une centaine de personnes, le gouvernement exhibe un déploiement militaro-policier disproportionné. Il s’agit de faire une démonstration de force, comme en témoignent les déclarations de Gérard Collomb : « Qu’une fois pour toutes, on en finisse avec cette opération qui a commencé il y a une quarantaine d’années. [...] Nous maintiendrons des forces de l’ordre pour qu’il n’y ait pas de nouvelle occupation. [...] L’autorité doit régner partout, et la loi doit être respectée partout. »

Après avoir été contraint d’abandonner le projet d’aéroport, le pouvoir veut sa revanche, il ne peut en aucun cas concéder une victoire aux opposantEs. Alors que des discussions sont en cours entre le mouvement dans sa diversité et le gouvernement, alors que la situation des terres de la ZAD ne sera pas réglée avant un ou deux ans car c’est un casse-tête juridico-politique, l’expulsion des zadistes ne répond qu’à une urgence politique, une urgence de communication. Le tandem Macron-Collomb veut montrer sa volonté inflexible et sa capacité d’action. Il tente à nouveau, avec cette opération policière et militaire, de diviser le mouvement qui a gagné grâce à sa détermination, à sa maturité politique, à sa diversité et à sa capacité d’action commune.

Des CRS contre les étudiantEs

Quelques heures plus tard, la police attaquait les étudiantEs grévistes de Nanterre. Alors que des jeunes mobilisés contre la loi ORE occupaient pacifiquement un amphithéâtre de l’université, son président Jean-­François Balaudé a décidé de fermer administrativement toute la fac et de faire intervenir la police.

L’administration, appliquant la politique du gouvernement, cherche ainsi à empêcher le développement d’un mouvement étudiant d’ampleur nationale qui ne cesse de croître, comme l’a montré la coordination nationale étudiante (CNE) réunie ce week-end à Nanterre. Alors que les CRS avait feint de quitter les lieux, les étudiantEs se sont réunis en assemblée générale. La police a soudainement investi l’amphi. Plusieurs militantEs ont été passés à tabac et blessés. Au moins 5 étudiantEs ont été interpellés.

Incontestablement, le gouvernement franchit un cap dans sa brutalité. Jusque-là, il avait misé sur la brutalité institutionnelle que constituent les ordonnances pour imposer sa politique. Mais comme cela ne suffit pas à empêcher les résistances, il s’en remet à la force brutale de la répression. 

Construire un autre monde

À Notre-Dame-des-Landes et dans les universités, on discute d’une autre société, comme en 1995, comme en mai 1968. La situation actuelle, dans les quartiers populaires, dans les services publics, dans les lieux de travail, n’est pas acceptable : il faut regagner du terrain, par exemple en imposant le partage du temps de travail sans perte de salaires pour en finir avec le chômage, la création d’un million de postes dans les services publics. De l’argent, il y en a : 93,4 milliards de profits pour les entreprises du CAC 40 en 2017, entre 60 et 80 milliards d’euros d’évasion fiscale en 2017. Ensemble, nous nous sommes mobilisés contre le projet d’aéroport et son monde, un monde capitaliste, productiviste, fait de concurrence et de sélection, de marchandisation et de béton. C’est ce monde qui avance à marche forcée avec la privatisation de la SNCF, la sélection universitaire, la destruction des services publics, de la protection sociale et du code du travail.

La seule réponse est celle qui a permis de gagner contre l’aéroport : la convergence des mobilisations, la solidarité. La défense de la ZAD est l’affaire de toutes celles et ceux qui refusent le monde selon Macron. 

Christine Poupin et Joséphine Simplon

 

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