Budget : Macron l’enfumeur

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Macron a un problème : il veut maintenir le cap de la rigueur budgétaire... et a fait des promesses de baisse des impôts, surtout au patronat et aux hauts revenus. Pour cacher une telle logique, rien de mieux qu’un écran de fumée.

La Cour des comptes avait rappelé à l’ordre le gouvernement concernant le budget 2017. Il manquerait 9 milliards d’euros pour faire face aux dépenses prévues par Hollande. Du coup, le déficit serait accru. Édouard Philippe annonce en retour une compression des dépenses pour l’année en cours et pour le budget 2018 en cours d’élaboration.

Le gouvernement prévoit un plan d’économies de 4 à 5 milliards d’euros en 2017 et de 15 à 20 en 2018. Première cible : les fonctionnaires. Leurs salaires vont être bloqués avec le gel du point d’indice, le jour de carence en cas de congés maladie va être rétabli, et la baisse des effectifs s’accélérer. Des économies sont envisagées sur la plupart des postes budgétaires (« Aucun ministère, aucun opérateur, aucune niche ne seront sanctuarisés », a ainsi déclaré le ministre des Finances), les dotations aux collectivités locales sont sur la sellette de même que le budget du logement « pour libérer l’offre et dépenser moins en solvabilisation de la demande » : autrement dit, le logement des couches populaires va être encore moins une priorité.

La France « droguée à la dépense publique » ?

Outre la litanie sur le déficit, le gouvernement dénonce le prétendu haut niveau des dépenses publiques en France : « la France est droguée à la dépense publique » a déclaré le ministre de l’Économie, l’ex-Républicain Bruno Le Maire. Avec 56 % du PIB (nouvelles richesses produites en une année), le pourcentage des dépenses publiques en France est effectivement supérieur à celui des États-Unis (où il se situe à environ 37 % du PIB) ou à celui certains grands pays d’Europe comme l’Allemagne (où il est d’environ 44 % du PIB).

Mais ces différences tiennent à des niveaux de « socialisation des dépenses » différents dans chacun de ces trois pays. Il ne faut pas oublier que les dépenses publiques, ce ne sont pas seulement les dépenses de l’État (35 % des dépenses publiques environ) mais les collectivités locales (20 %) et la sécurité sociale (45 %). Or tout ce qui n’est pas « socialisé » (ce qui n’est pas assuré par le secteur public) est financé d’une autre manière... ou bien pas du tout ! Imaginons que toutes les retraites soient transférées à des fonds de pension privés auprès desquels on pourrait choisir ou pas de cotiser : immédiatement, la part des dépenses publiques baisserait, mais est-ce que cela améliorerait la situation des retraitéEs ?

L’exemple des dépenses de santé est frappant. Aux États-Unis, ces dépenses atteignent 16 % du PIB (record du monde) contre 11 % pour la France. La part du financement public y est inférieure et celle des coûts supportés par les individus bien supérieure. En revanche, l’efficacité est moindre : l’espérance de vie est inférieure aux États-Unis à celle en France, et la mortalité infantile presque deux fois plus élevée...

L’équilibre au service des plus riches

Il existe bien sûr des dépenses publiques inutiles, voire nuisibles… Mais ce n’est pas à celles-là que veut s’attaquer Macron : les cadeaux aux entreprises et les dépenses militaires vont continuer de prospérer. Le gouvernement a par ailleurs un vrai problème : il veut simultanément revenir dans les clous du déficit budgétaire inférieur à 3 % du PIB selon les critères européens et baisser les impôts. Autrement dit, il joue à combler le déficit du côté des dépenses et à le creuser du côté des recettes. Un délicat exercice d’équilibriste.

Philippe, dans son discours devant les députés, a semblé vouloir reporter certaines réductions d’impôts annoncées dans le programme électoral de Macron. Mais ce dernier y a mis bon ordre : pas question de décevoir patronat et bourgeoisie qui salivent déjà sur la baisse de l’impôt sur la fortune et l’évolution du CICE. Donc, dès 2018, il y aura des baisses d’impôts. Parmi celles-ci, la seule mesure en principe favorable aux bas et moyens revenus sera l’engagement de la réforme de la taxe d’habitation... Mais par quoi va-t-elle être compensée ?

Bref, Macron jongle avec les milliards de baisses d’impôts, surtout pour les riches et les entreprises, et comprime les dépenses utiles (santé, etc.) et les salaires et emplois des fonctionnaires...

Henri Wilno