Bolloré mis en examen : corruption et exploitation

Vincent Bolloré et deux cadres dirigeants de son groupe ont été mis en examen, mercredi 25 avril, après deux jours et une nuit passés en garde à vue.

Des enquêteurEs ont analysé du matériel qui a été saisi lors d’une perquisition au siège du groupe Bolloré le 8 avril 2016. Il s’agit entre autres de carnets de notes et d’agendas de rendez-vous. Une enquête, dont l’un des objets est le délit de corruption active, qui a permis le dérouler le fil de certains connexions du groupe Bolloré en Afrique.

Petits marchandages entre amis

Ce qui a été mis en lumière – alors que le système d’exploitation érigé par Bolloré en Afrique est bien plus vaste –, ce sont des pratiques de prise d’influence illégale du groupe Bolloré dans deux pays du continent : la Guinée-Conakry et le Togo. Dans le premier pays, Bolloré a grandement aidé Alpha Condé, le président élu fin 2010. C’est par exemple le groupe Bolloré qui a payé le tirage d’un livre publié par Alpha Condé à Paris (Un Africain engagé. Ce que je veux pour la Guinée), le faisant apparaître comme un homme politique « à stature mondiale ». C’est encore Bolloré qui a financé le premier complexe de cinémas dans la capitale Conakry, « Canal Olympia », permettant au président de se poser en bienfaiteur de la jeunesse. Et c’est aussi Bolloré qui est le bénéficiaire de la mise à l’écart d’une entreprise française concurrente – le groupe de transports Néotrans, dont les employés ont été virés manu militari du port de Conakry en 2013 – au profit de Bolloré… 

Au Togo, ce n’est pas un président réellement élu, mais un dictateur arrivé au pouvoir en 2005, fils du dictateur précédent, qui règne. Faure Gnassingbé (fils d’Eyadema Gnassingbé, pilier de la Françafrique néocoloniale) a bénéficié d’importantes prestations en matière de conseil politique, financées par Bolloré. Cela notamment en 2010, année de la « réélection » du président Faure après une première « élection » en 2005 qui s’était extrêmement mal passée (avec, à sa suite, 800 morts de la répression). Cette « réélection » était décisive pour regagner un minimum de « légitimité » à l’échelle internationale. Or, plusieurs centaines de milliers d’euros d’activités de conseil, réalisées par le groupe de communication « Euro RSCG » (anciennement proche de DSK en France), ont été directement payés par une filiale du groupe Bolloré, « SDV Afrique ». 

« Financiers peu scrupuleux »

Pour sa défense, Bolloré s’est posé en vaillant militant de la lutte contre… les préjugés racistes. Ainsi, dans le Journal du dimanche du 29 avril, le patron milliardaire a pris personnellement la plume pour s’insurger contre un « traitement inexact et condescendant des Africains », dont il serait lui-même la victime. Sous le titre : « Faut-il abandonner l’Afrique ? », Bolloré soulève ainsi la question – rhétorique – de savoir s’il doit, avec son groupe, « quitter l’Afrique ». Cela dans un contexte où, écrit-il encore, le continent africain serait considéré « comme une terre de non-gouvernance, voire de corruption, [avec] des chefs d’État décidant seuls d’accorder des contrats mirobolants à des financiers peu scrupuleux. » 

Or le premier de ces « financiers peu scrupuleux », bénéficiaire d’une corruption qui constitue – oui, dans certains États – un véritable système organisé depuis la tête du régime politique, c’est bien Vincent Bolloré. À Conakry comme à Lomé, il contrôle bien des concessions portuaires et occupe une place stratégique dans l’économie exportatrice. Être optimiste pour l’Afrique et croire en l’avenir du continent, cela signifiera (entre autres) très précisément : contribuer à virer les rapaces du type Bolloré, dans les pays où il a réussi à s’implanter. 

Bertold du Ryon

 

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