Automobile : mettre à la casse la politique de Macron

Face à une colère à l’expression massive et diverse, le gouvernement Macron ne cède rien. Alors que la mobilisation initiée au départ contre l’augmentation du prix de l’essence et du diesel s’est élargie à toutes les attaques contre le niveau de vie, le gouvernement est allé puiser dans le catalogue des vieilles recettes de soutien à l’industrie automobile. 

La principale annonce gouvernementale a été une prime à la conversion pour favoriser, en échange de la mise à la casse des voitures les plus anciennes, l’achat de véhicules neufs ou d’occasion récents. 

Des primes à la casse périodiques 

Ce n’est qu’une reprise des primes à la casse inaugurées par Balladur en 1994 puis relancées par Juppé en 1995 et Sarkozy en 2008. Les mêmes arguments « rendre l’automobile moins polluante » avaient été utilisés. Avec les résultats que l’on sait en terme de préservation de l’environnement…

Dans la plupart des pays développés, et en France en particulier, les ventes de voitures neuves n’augmentent plus depuis 30 ans. Il sera vendu en France moins de voitures neuves en 2018 qu’en 1990 : 2 100 000 contre 2 300 000. 

Ces ventes alimentent chaque année le stock des véhicules en circulation, faisant passer en France le parc automobile en 30 ans de 24 millions à 30 millions de voitures. La mise à la casse « naturelle » des voitures les plus anciennes n’est souvent pas suffisante pour permettre aux deux millions de voitures neuves de trouver des acheteurs, qui pour l’essentiel maintenant renouvellent leur voiture. Il y a donc un excédent de vieilles voitures qu’il faut purger aux seules fins de permettre aux firmes automobiles d’écouler au mieux leurs nouvelles productions, soit immédiatement en cas d’achat de véhicule neuf, soit avec un effet différé en cas d’achat d’occasion. Tel est le fondement des mesures périodiques d’aides financières à la mise à la casse. 

Conversion à quoi ? 

Ces dernières mesures ne sont qu’un élargissement de ce qui est appliqué depuis le début de l’année. On en connaît maintenant le résultat : les voitures achetées sont en majorité des voitures diesel, pourtant celles qui sont ciblées avec l’augmentation du prix des carburants. Les critères retenus pénalisent, en effet, davantage les émissions de CO2, à raison d’un seuil maximum de 190g/km que les émissions par les moteurs diesel d’oxydes d’azote et de particules fines. Preuve que le but recherché est bien l’augmentation du nombre de voitures vendues, peu importe qu’elles soient essence ou diesel. « Un leurre pour en finir avec les voitures polluantes » explique le journal le Monde.

Affichage écologique exige, la prime à la conversion a aussi permis l’achat de 2 267 véhicules électriques, un chiffre dérisoire au regard des deux millions de voitures neuves vendues par an. Pour un prix d’achat minimum de 23 000 euros, le total des subventions pourra atteindre, en cumulant avec le « bonus écologique », 8 500 euros. Toutes les évaluations indiquent pourtant que le bilan carbone d’un véhicule électrique tout au long de son cycle de vie est globalement équivalent à celui d’une voiture thermique – un peu plus, un peu moins selon l’origine de l’électricité utilisée. Cette subvention, à destination des plus fortunés car les seuls à pouvoir en envisager l’achat, a donc une autre finalité : concourir au financement des investissements des firmes automobiles, notamment Renault leader actuel en terme de ventes de voitures électriques en France. Au total, des aides aux restructurations d’un secteur qui multiplie suppressions de postes et fermetures de sites.

Contraints à l’usage de la voiture 

L’augmentation des distances domicile-travail et la suppression des services publics de proximité rendent de plus en plus contraint l’usage de la voiture individuelle lorsque les transports collectifs sont laissés à l’abandon. Un service d’hôpital ou un bureau de poste fermés, c’est plus de kilomètres à parcourir pour des services indispensables.

La politique de Macron assujettit encore davantage à un usage de plus en plus onéreux de la voiture individuelle. Et en fin de compte ce sont les firmes automobiles qui gagnent, malgré leurs trucages en matière de pollution automobile. Une vraie politique productiviste. 

Jean-Claude Vessilier

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