Antisionisme = antisémitisme ? Les scandaleux amalgames de Macron

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L’odieuse invitation lancée à Netanyahou lors des commémorations de la rafle du Vél’ d’Hiv’ n’aura pas suffi. Macron a cru bon d’ajouter du scandale au scandale en donnant du « Cher Bibi » au chef de la coalition droite-extrême droite au pouvoir en Israël, et en reprenant à son compte la rhétorique de délégitimation de toute critique de l’État d’Israël. « Nous ne cèderons rien à l’antisionisme car il est la forme réinventée de l’antisémitisme », a-t-il ainsi cru bon de déclarer, sous les applaudissements d’un Netanyahou qui n’en demandait pas tant.

La critique du sionisme est la critique d’une idéologie et d’une politique fondées sur une vision ethno-raciale des rapports sociaux qui a conduit l’État d’Israël à institutionnaliser les discriminations et l’oppression subies par les Palestiniens au moyen de lois accordant des droits spécifiques (et supérieurs) aux Juifs. Ainsi, critiquer le sionisme et les structures discriminatoires de l’État d’Israël, ce n’est pas faire preuve de racisme mais, bien au contraire, refuser la légitimation de mécanismes institutionnels de hiérarchisation raciale.

L’antisionisme n’a donc rien à voir avec la haine des Juifs, quand bien même certains courants et individus antisémites prennent prétexte du sort de peuple palestinien pour alimenter leur rhétorique nauséabonde. Qui plus est, en assimilant, d’une part, opposition au sionisme et, d’autre part, antisémitisme, Macron favorise en réalité l’amalgame qu’il prétend combattre. Il se place en effet sur le même terrain que la vermine antisémite : celui de la confusion volontaire entre « juif », « sioniste » et « israélien ».

Ce jeu de miroirs malsain, au moyen duquel se répondent, en se nourrissant, des courants antisémites et certains des partisans les plus acharnés d’Israël, n’est pas une nouveauté. Mais le fait que Macron s’y joigne à son tour n’est pas anodin et a de quoi inquiéter le mouvement de solidarité avec la Palestine, déjà cible de toutes les répressions. Mais nous ne nous laisserons pas intimider et nous ne renoncerons pas à critiquer radicalement l’État d’Israël, n’en déplaise à Macron et à son « cher Bibi ».

Julien Salingue 

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