Affaire Ferrand : la Macronie et la Ve République dans toute leur laideur

Dans la nuit du 11 au 12 septembre, on apprenait la mise en examen de Richard Ferrand pour « prise illégale d’intérêts » dans le cadre de l’affaire dite des Mutuelles de Bretagne. Cette affaire et la réaction de la Macronie résonnent comme une énième démonstration que le prétendu « nouveau monde » ressemble à s’y méprendre à l’ancien, peut-être même en pire.

Pour mémoire, Richard Ferrand est poursuivi pour avoir, en 2011, alors qu’il dirigeait les Mutuelles de Bretagne, potentiellement favorisé la location, par ces mêmes Mutuelles, de locaux appartenant à… son épouse. Une première plainte avait été classée sans suite, mais une seconde, déposée par l’association Anticor, avec constitution de partie civile, a abouti à la réouverture d’une enquête et à la mise en examen du président de l’Assemblée nationale.

Solidarité de la Macronie
Les « affaires » continuent donc de s’accumuler pour la Macronie, tout juste passé l’été et la rocambolesque séquence Rugy, qui avait abouti à la démission de ce dernier. Une accumulation qui avait commencé dès le début du quinquennat, avec l’enquête sur les emplois fictifs du Modem et les démissions de François Bayrou, alors ministre de la Justice, Marielle de Sarnez, ministre des Affaires européennes et Sylvie Goulard, ministre des Armées.
Mais cette fois, point de démission annoncée. Au contraire, le gouvernement et les députés LREM sont montés au front pour soutenir Richard Ferrand, quitte à se contredire au regard de ce qu’ils avaient pu déclarer lors de la première enquête le concernant. Nul n’aura ainsi manqué de relever que Christophe Castaner déclarait alors pour justifier le maintien en poste de Ferrand, alors ministre de la Cohésion des territoires : « Le Premier ministre a fixé une règle : si Richard Ferrand était mis en examen, il serait immédiatement démis de ses fonctions. »
Mais ce qui valait en 2017 ne vaut visiblement plus en 2019, et ce ne sont pas les piteux éléments de langage de la Macronie qui nous convaincront d’une quelconque cohérence entre les positions passées et celles qui sont désormais prises. À l’image des déclarations de la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye : « Il n’y a pas de logique politique [à une démission car] un membre du gouvernement est nommé, un parlementaire est élu ; quand on est président de l’Assemblée nationale, on est élu deux fois. » Comprenne qui pourra…
Pour la députée Aurore Bergé, jamais avare d’une déclaration scandaleuse, les choses sont claires : « Une mise en examen n’a jamais été une présomption de culpabilité, mais au contraire une présomption d’innocence et ça vaut pour n’importe quel Français comme pour Ferrand ». Une opinion que ne partageait pas, visiblement, un certain… Richard Ferrand, qui déclarait en 2017 à propos de François Fillon : « Une droite voudrait que soit placé dans nos mairies et nos écoles le portrait d’un homme mis en examen, qui a perdu toute autorité morale. » Oups.

Opposition aux abonnés absents
Du côté de ladite droite, qui avait soutenu Fillon en 2017, les réactions à la mise en examen de Ferrand ont – logiquement – été des plus timides : certains auraient en effet été mal placés pour donner des leçons de moralité et de probité. Même attitude, et il va falloir s’y faire, du côté du Rassemblement national, avec Sébastien Chenu, porte-parole du RN, déclarant : « Nous, nous avons des principes, et ils valent pour nos adversaires. Ils valaient hier pour François Fillon, ils valent aujourd’hui pour Richard Ferrand. Lorsqu’on est mis en examen, on est présumé innocent. » Il faut dire que le RN, qu’on a connu beaucoup plus vindicatif par le passé, a désormais lui aussi son lot d’affaires, de poursuites judiciaires et de mises en examen.
Difficile enfin de ne pas relever la déclaration de Jean-Luc Mélenchon, tout juste revenu de son périple en Amérique latine et lui aussi inquiété par la justice – dans une affaire qui n’a rien à voir avec le cas Ferrand : « Peut-être que Richard Ferrand est tombé dans un piège. Ils l’ont mis sur le pilori. Je ne crois personne, je ne crois pas les juges, alors j’attends, et je n’ai pas confiance dans la justice. » Une déclaration bien malaisée, qui lui a attiré les foudres du Syndicat de la magistrature, et que nous nous abstiendrons de commenter…
Une chose est certaine : quelle que soit ses conclusions, l’affaire Ferrand est un révélateur supplémentaire non seulement de la remarquable continuité, en ce qui concerne les affaires liées aux positions de pouvoir des uns et des autres, entre la Macronie et ses prédecesseurs, mais aussi du pourrissement de la Ve République et de ses institutions, structurellement productrices d’abus et de corruption. Il est grand temps d’en finir avec un système dans lequel les frontières entre intérêts privés et intérêt public sont inexistantes, dans lequel aucun contrôle n’est possible sur les élus, nécessairement générateur d’une caste de politiciens professionnels qui ne nous représentent pas et abusent de leurs positions de pouvoir pour se servir et servir leurs amis.

Julien Salingue

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