Activisme « d’ultra-droite » : errance plus que croisade

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Logan N., connu dans l’extrême droite marseillaise, préparait des attentats... Mais le traitement médiatique de l’affaire, sous l’angle sensationnel de la menace terroriste, est une mauvaise façon de l’appréhender. 

Le terrorisme est d’abord une notion politiquement floue. Et en ces temps où les auteurs d’attentat prêtent plus allégeance à l’État islamique qu’au maréchal Pétain, vouloir coller à l’extrême droite une logique terroriste risque d’être inaudible. Ça lui donne l’occasion de hurler à la machination visant à « discréditer les patriotes lassés de l’invasion migratoire » ou d’appeler à la « dissolution des milices d’extrême gauche ultra-violentes ».

Les fachos n’ont pas besoin de stock d’explosifs pour pourrir nos vies

La violence n’est pas absente des conceptions politiques d’extrême droite. Les attentats en France ont plutôt été le fait de l’OAS et de ses descendants, jusque dans les années 1970. Après, les velléités restent individuelles. Aucune structure ne théorise le recours aux attentats, sauf quelques micro-groupes affinitaires. Mais les passages à l’acte tueront et blesseront dans les années 1980, surtout par des attentats visant des foyers d’immigrés ou des bars. Il y a toujours des furieux qui s’entraînent au paintball pour la guerre civile : restent le culte de la force et la fascination des armes, voire leur trafic, comme en témoigne le procès de Hermant, ancien responsable identitaire lillois. 

Mais depuis les années 1990, la France est globalement épargnée par les aventures meurtrières. Le poids du FN joue un rôle dans la temporisation des pratiques extra-légales. Se focaliser sur une « menace terroriste d’extrême droite » masque le bruit de fond : tensions dans des quartiers et attaque d’initiatives de gauche, comme à Chambéry vendredi 20 octobre, agressions racistes et diffusion de la xénophobie... Les fachos n’ont pas besoin de stock d’explosifs pour pourrir nos vies !

Nomadisme de certains jeunes nationalistes

Aucune organisation n’est réductible au sympathisant perdu qui l’a côtoyée. Les trajets politiques individuels renseignent en revanche sur le contour social et culturel du milieu. Cette affaire révèle le nomadisme de jeunes nationalistes dont la cohérence doctrinale est difficile à appréhender.

Le parcours confus de Logan N. est exemplaire. D’après le Monde, il côtoie les Jeunesses nationalistes en 2012. Pas étonnant : à cette époque, le turbulent Gabriac est au sommet de son activisme « coup-de-poing ». Rien d’étonnant non plus à ce qu’il se rapproche, en 2015, de l’Action française (AF), vieille organisation sortie de sa léthargie depuis la mobilisation contre le mariage pour tous, ou qu’il croise le FN, qui focalise toutes les sympathies lorsque ses scores s’annoncent élevés. Mais l’AF est une école de formation de cadres, et les jeunes fougueux attirés par ces « gentlemen violents » qui ne rentrent pas dans le moule iront voir ailleurs. Jouer au 6 février 1934 en pleines « manifs pour tous », oui ; se rêver en Breivik, non.

L’AF se défend de tout amalgame l’assimilant aux projets de Logan N. : elle connaît les risques de dissolution. Sa section de Provence a focalisé l’attention avec sa récente réunion de rue devant son local marseillais, dont Mélenchon a demandé la fermeture. On cherche encore qui compose sa « communauté », en dehors de jeunes casqués, pressés d’allumer des fumigènes et de jeter des canettes sur les contre-manifestants.

À nous de pousser pour virer de nos rue l’Action française et les autres. Une fermeture administrative n’aura pas la force d’une mobilisation populaire. C’est l’enjeu des cadres unitaires à constituer, dans les villes gangrenées comme ailleurs.

Commission nationale antifasciste 

 

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