Pérou : le gouvernement accentue la répression contre le mouvement social

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Le gouvernement du Président Ollanta Humala vient d’adopter un train de « mesures économiques pour relancer les investissements ». Un des éléments centraux est l’élimination de tous les obstacles réglementaires et institutionnels qui pouvaient encore freiner l’ouverture des exploitations minières et pétrolières aux mains des multinationales et capitaux nationaux et internationaux.

Ces mesures, appelées « licence pour contaminer » par les défenseurs de l’environnement, suivent à peine de quelques mois l’adoption de la loi 30151 qualifiée de « licence pour tuer » par la Commission nationale des Droits de l’homme. En effet, cette loi introduit l’impunité pour les forces armées et policières « dans l’accomplissement de leur devoir, et l’utilisation de leurs armes et autres moyens de défense qui cause lésions ou mort »...
Le Président Ollanta Humala a ensuite procédé à la nomination d’un nouveau ministre de l’Intérieur, le général à la retraite Daniel Urresti, non seulement dénoncé pour son action répressive contre la population de Madre de Dios (Amazonie péruvienne du sud) face aux conséquences dévastatrices d’un projet pétrolier, mais de plus poursuivi pour l’élimination du journaliste Hugo Bustios.
En classant toutes les poursuites contre les forces armées et la police nationale responsables il y a deux ans de l’assassinat de 5 citoyens de Cajamarca lors de manifestations contre le projet Conga (1), le tribunal de Chiclayo montre ainsi aux acteurs du mouvement social de Cajamarca ce qui les menace.

Cajamarca résiste
L’une des leurs, la courageuse paysanne Maxima Acuña de Chaupe, a refusé de céder ses terres à la multinationale minière Yanacocha qui veut s’en emparer, et a subi ce mois de juin un nouveau procès intenté par cette multinationale, un nouveau procès tout à fait arbitraire, tout comme le premier qui avait été annulé pour cette raison. Avec de nombreuses associations, organisations et syndicats français, le NPA exige justice pour Maxima et que cessent les persécutions contre elle et sa famille.
La mise en « prison préventive » pour 14 mois du Président élu de la région de Cajamarca, Gregorio Santos, opposant au projet Conga, alors qu’il est candidat en octobre prochain aux élections régionales et qu’il ne se dérobe aucunement au processus judiciaire, apparaît clairement pour ce qu’elle est : un abus de pouvoir et une volonté d’éliminer un candidat connu pour son engagement contre le projet Conga. 
Le NPA condamne toute tentative de mise à l’écart de Gregorio Santos du processus électoral auquel il doit pouvoir participer. Nous réaffirmons notre appui au mouvement social de la région de Cajamarca qui poursuit la lutte, et exigeons que soient levées toutes les menaces, tentatives de criminalisation et remises en cause des droits de l’homme. Nous demandons tout particulièrement que soient appliquées immédiatement les mesures de protection que la Commission inter­américaine des droits de l’homme vient d’exiger du gouvernement péruvien, en faveur des 46 paysans et acteurs sociaux menacés pour leur opposition au projet Conga.

Jean Puyade

1 – Un projet d’extraction du cuivre et de l’or de la région de Cajamarca du Pérou septentrional qui rencontre une très grande opposition.

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