Parlement : 49-3 et motion de censure, chantage institutionnel

« Hier, 16 h 25, la majorité explose » titrait Le Parisien au lendemain du recours au 49-3 par Valls pour imposer l’adoption sans vote de la loi Macron par l’Assemblée nationale...

Si le vote de la motion de censure déposée par l’UMP et l’UDI a permis au gouvernement de retrouver un instant sa majorité, « le tournant du 49-3 », pour reprendre la formule des Echos, est « un moment de crise aiguë entre l’exécutif et sa majorité ».

« Le tournant du 49-3 »
Crise aiguë, échec cuisant, oui, mais Valls et Macron ont affronté avec une telle hargne, une telle  arrogance cette dite majorité qualifiée « d’infantile » qu’il semble qu’à défaut de la soumettre, ils ont voulu montrer qu’ils étaient prêts à s’en passer, quitte à mettre aussi en danger le Parti socialiste.
« Rien n’arrêtera le mouvement de la réforme », « L’autorité, c’est assumer ses responsabilités quand l’intérêt supérieur de la Nation l’exige », a martelé Valls en réponse à la motion de censure et aux « Frondeurs », pourtant bien gentiment revenus dans les rangs derrière leur chef mécontent. Dans les rangs, oui, inconséquents et impuissants, oui, mais obligés pour la suite de construire leur propre cohérence, alors que s’annonce la déroute des élections départementales et le congrès du PS.
Pour Valls, c’est-à-dire pour Hollande, le choix est fait pour 2017, leur objectif essentiel ! Hollande ne sera pas le candidat du PS, il sera celui du mouvement de la réforme, rempart contre le Front national qui, une fois encore est le grand gagnant de cette farce parlementaire. Hollande se rêve en candidat Bonaparte porté par « l’esprit du 11 janvier ». Le plus probable est que son rêve prenne le visage d’un Bonaparte d’opérette.
La motion de censure UMP-UDI n’a recueilli que 234 voix, là où il en aurait fallu 289 pour faire chuter le gouvernement. Les 198 députés UMP ont voté pour, mais seulement 23 des 30 UDI, 6 des 10 Front de gauche, 6 non-inscrits – dont les deux FN – et une apparentée écologiste. Écologistes et « frondeurs » du PS avaient exclu de voter la censure, tenant à affirmer les uns et les autres qu’ils ne sont pas dans l’opposition...

« Une hypocrisie politicienne »
Jean-Luc Mélenchon s’était d’abord prononcé pour voter la censure puis, pour des raisons mystérieuses, il a changé d’avis. Le groupe parlementaire du Front de gauche (essentiellement composé de membres du PCF) avait tenté sous la pression des déclarations de Mélenchon de déposer une motion de censure « de gauche » sans pouvoir recueillir les signatures des 58 députéEs nécessaires. Un seuil qu’ils ne pouvaient atteindre, les écologistes et les « frondeurs » ne voulant pas voter contre le gouvernement.
Revenant à sa position initiale, voter la motion de censure UMP-UDI, André Chassaigne a dénoncé « une hypocrisie politicienne », rappelant que son vote de sanction n’avait « rien à voir avec la motion présentée par la droite ». Il s’agissait de « combattre » la loi Macron en étant « convaincu de l’urgence et de la nécessité de la nomination d’un nouveau gouvernement qui puisse réunir l’ensemble des forces de gauche pour conduire une politique de progrès social et de refondation démocratique ». « À travers notre censure, nous adressons un message clair pour que la majorité élue par la gauche cesse de se fourvoyer dans les méandres du libéralisme économique prôné par la droite », a-t-il conclu. Et de rassurer, le Front de gauche ne se situe « pas dans l’opposition » mais « dans la construction »... « Il y a un vent qui s’est levé pendant les débats sur le projet de loi Macron, des convergences sont apparues, des digues ont sauté, des députés issus des rangs socialistes ou écologistes ont manifesté une opposition à la politique gouvernementale comme cela n’avait jamais été le cas ».
Pierre Laurent a lui appelé « l’ensemble des forces de gauche qui se sont exprimées contre la loi Macron » à « se retrouver pour construire la nécessaire alternative à gauche ». Mais on voit bien que cette alternative s’empêtre dans les calculs parlementaires.
Les déclarations de Mélenchon ont aussi jeté un certain désordre au sein de son propre parti où des points de vue différents se sont exprimés sur le vote de la censure, certains mettant l’accent sur la nécessité de « s’opposer jusqu’au bout » à la loi Macron, y compris à l’Assemblée nationale.
L’alternative ne pourra pas se construire dans les faux-semblants parlementaires, mais dans une opposition conséquente au gouvernement : une opposition dans les mobilisations et les luttes du monde du travail.

Yvan Lemaitre

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