Non à la guerre, non à « l’union nationale » !

La guerre comme outil de politique intérieure... Après que le président de la République a décidé seul des frappes aériennes en Irak, comme la Constitution l'y autorise, le débat – sans vote – a eu lieu à l’Assemblée nationale mercredi 23 septembre. Celui- ci s’est tenu dans une inquiétante ambiance guerrière.

Droit dans ses bottes, Valls a donné le ton : « le moment est venu de faire corps derrière les armées françaises et de nous rassembler ». Après un discours alarmiste et vindicatif, « la menace est à nos portes », c’est sans surprise que l’ensemble des groupes parlementaires, à l’exception des députés du Front de gauche, ont apporté leur soutien à l’offensive militaire de Hollande. Satisfaction du Premier ministre : « dans cette épreuve, l’unité est la meilleure réponse, je me réjouis que le Parlement ait pu démontrer son sens de l’intérêt national »...

« Union sacrée » autour du gouvernement
La guerre comme ferment d'une unité nationale pour défendre la forteresse assiégée, la droite, la gauche et l’extrême droite rassemblés derrière le président-chef des armées... Les différents monarques de la 5e République ont souvent utilisé la guerre pour étouffer les mécontentements concernant leur politique nationale antisociale, en mobilisant contre un ennemi commun.
Pas étonnant que François Hollande, le plus désavoué de tous les présidents, s’engage avec une telle constance dans cette politique guerrière contre les peuples et contre sa population : trois offensives militaires en deux ans ! Alors que le budget qui sera débattu en octobre va acter les économies drastiques dans les dépenses sociales et celles des investissements dans les services publics, le gouvernement justifie à l’avance les rallonges du budget militaire qui devront être faites pour des durées indéterminées, puisqu’il nous annonce déjà qu’il s’agit « d’une stratégie de long terme ».

Profits pour le capital
La guerre, le développement de l’industrie de la mort, ça sert aussi le profit des barons de l’industrie de l’armement et le rééquilibrage de la balance commerciale. Depuis un an déjà, les exportations d’armes ont augmenté de 47 %, ce qui se traduit par une augmentation du chiffre d’affaires de l’armement de 6,9 milliards d’euros. Cette industrie représente à elle seule 24 % du total des exportations françaises. Le Drian, ministre de la Défense, s’est félicité de la « dynamique de ce secteur et de l’état d’esprit d’action en commun des industriels français de la défense pour développer les exportations avec le soutien de l’État ».
La guerre fait partie du système, c’est toujours une ressource inestimable pour les profits, dans la logique du capitalisme. Et après les guerres, ce seront les entreprises du BTP qui empocheront les dividendes de la reconstruction de régions entières décimées par leur barbarie.

Climat délétère et offensive contre les libertés
La guerre autorise toutes les limitations à la liberté et au droit. Cazeneuve, cynique ministre de l’Intérieur, n’hésite pas à affirmer : « nous combattons l’ennemi à l’intérieur et à l’extérieur ». C’est là sa justification de la loi antiterroriste votée par toute l’Assemblée nationale, sauf par les députés EÉLV qui se sont abstenus, et qui crée de fait la présomption de culpabilité, puisque ce sont les intentions supposées qui seront maintenant sanctionnées... Elle donne aussi des pouvoirs exorbitants à la police, s’attaquant plus particulièrement aux jeunes mais aussi aux militantEs, cela dans un climat délétère.
Car, amplifié par beaucoup de médias, le discours belliqueux du ministre de l’Intérieur et du gouvernement crée la méfiance envers les communautés musulmanes, méfiance vécue bien évidemment par chacun et chacune de ses membres. Comment ce gouvernement et avec lui une partie de la presse peuvent-ils leur demander de se désolidariser d’actions barbares dont ils n’ont jamais été solidaires ? Les musulmans ne sont pas plus responsables des actes barbares de l’État islamique qu’ils ne devraient se sentir, en tant que citoyens français, collectivement responsables des guerres menées par nos gouvernants en Irak.

Notre solidarité, nos mobilisations !
Nous affirmons notre soutien et notre solidarité avec toutes les victimes de racisme, contre la suspicion et la stigmatisation dont sont victimes à la fois la communauté musulmane, les jeunes issus de l’immigration et les habitantEs des quartiers populaires.
Tout en dénonçant les actes barbares de l’État islamique, nous devons continuer à refuser cette nouvelle aventure impérialiste. Plus que jamais nous devons construire la mobilisation, dans l’unité la plus large, contre la guerre des grandes puissances, véritables pompiers pyromanes, pour que le budget national soit utilisé au service des besoins sociaux, pas pour le profit des marchands d’armes.

Roseline Vachetta

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