Nigeria : Spirale de violence

De nouveau la secte islamiste Boko Haram a frappé en menant, la semaine dernière, un attentat dans un centre commercial d’Abuja, la capitale administrative du Nigeria, faisant une vingtaine de morts et autant de blessés. 

Tant que cette secte ne s’attaquait principalement qu’aux populations pauvres du pays, le gouvernement se souciait peu du problème, mais depuis l’enlèvement de plus de deux cents lycéennes, et la menace proférée par le leader de la secte Abubakar Shekau de vendre ces jeunes filles comme esclaves ou de les marier de force avec ses combattants, un vent de protestation souffle sur le pays. Au Nigeria, la campagne « Bring back ours girls » (ramenez nos filles), relayée ensuite dans le monde, porte en elle une contestation du gouvernement et plus profondément de la gestion du pays depuis des années. En effet l’incapacité du gouvernement à venir à bout de ce groupe révèle au grand jour le degré de corruption, de complicités dans certains cas, et d’inefficacité des élites...

Boko Haram et l’armée : l’étau
Déjà Amnesty International révélait que l’armée, bien que prévenue de l’attaque contre le pensionnat de Chibok, a laissé faire. De plus, le comportement des forces armées nigérianes, violentes contre les civils, n’a rien à envier à celui de Boko Haram, au point que les populations civiles, qu’elles soient d’ailleurs musulmanes ou chrétiennes, craignent autant les raids de Boko Haram que ceux de l’armée. La situation est telle que la Maison Blanche a dû dénoncer le comportement des militaires de ce pays considéré pourtant comme allié.
Cette crise révèle le degré effarant de corruption qui règne dans ce pays. Alors que 25 % du budget national est consacré à la sécurité, sur le terrain, les soldes des soldats ne sont pas toujours versées, les équipements sont vieillissants et notoirement insuffisants, à tel point que parfois les soldats ne peuvent se déplacer faute de carburant. Ces milliards sont détournés par cette hiérarchie militaire qui agit à l’identique des autres responsables du pays, coupables de détournement des fonds issus de l’exploitation du pétrole.
Et à un an des élections présidentielles, la seule mesure volontariste prise par le gouvernement est de tenter de bâillonner la presse, histoire de cacher son impuissance.

Paul Martial

Licence créative commons

Nos articles sont publiés sous licence Créative Commons. Voir les détails.