Mort de Rémi Fraisse : le gouverneMENT !

Après la mort de Rémi Fraisse à Sivens, le gouvernement a fait la danse du ventre pendant 48 heures sur les circonstances et les causes de son décès. Il est désormais avéré que le gouvernement, en particulier Cazeneuve, savait exactement ce qui s’était passé. Chronique d’un mensonge d’État.

Selon les enquêtes de Mediapart et du Monde, pas de doute possible : le gouvernement a su très tôt que Rémi Fraisse avait été tué par une grenade offensive, puisque les gendarmes sur place l’ont consigné dans leur journal de bord et qu’une autopsie a été faite dans la nuit du drame. Pourtant le premier communiqué officiel de la préfecture du Tarn évoquait la simple « découverte » d’un corps par les gendarmes, communiqué validé par le ministère de l’Intérieur... alors que l’État savait pertinemment que Rémi Fraisse avait été tué par une grenade offensive de la gendarmerie.

Celui qui ne savait rien
L’homme le mieux informé du territoire, Bernard Cazeneuve, a tout fait pour masquer le fait qu’il savait. Se réfugiant dans un premier temps derrière la pseudo-séparation des pouvoirs entre justice et État, son manque de réaction était simplement dû au respect d’une enquête judiciaire en cours. « Quand j’apprends cet événement, je ne souhaite qu’une chose, c’est que la justice qui est déjà saisie de cette affaire communique, elle ne le fait pas ». Mais selon Mediapart, c’est bien son ministère qui a validé le tout premier communiqué mensonger de la préfecture du Tarn.
Concernant les procès-verbaux des gendarmes sur place indiquant qu’une grenade offensive serait bel et bien la cause de la mort de Rémi Fraisse, la défense de Cazeneuve est pour le moins surprenante : « Les PV n’ont jamais été portés à ma connaissance ». Il en aurait pris connaissance par la presse... Ben voyons ! Mais il se contredit rapidement, niant toujours plus l’évidence : « La grenade offensive, qui vous dit qu’elle a été tirée sur un groupe de manifestants ? Ce n’est pas ce que disent les rapports qui m’ont été communiqués, qui disent que les règles d’usage de cette grenade ont été respectées et que la grenade a été tirée à côté du groupe. » Il a donc bien reçu quelques rapports.

À qui profite le mensonge ? 
Pour masquer les causes de la mort de Rémi Fraisse, Cazeneuve prétend que les grenades offensives « n’ont jamais occasionné de tels dégâts ». Encore une fois, il ferait mieux de se taire puisqu’il y a 37 ans, en juillet 1977, Vital Michalon perdait la vie par l’effet de souffle d’une grenade offensive lors d’une manifestation contre la centrale atomique Superphénix à Creys-Malville.
Les armes non létales pas dangereuses ? En interdisant quelques jours plus tard l’usage des grenades offensives, il admet cependant que Rémi Fraisse a bien été tué par l’une d’entre elles !
Il y a bien des mensonges d’État dans ce drame. Cazeneuve a été laissé seul en première ligne. Si Hollande a pris la parole, après un silence assourdissant, il semble que cela fasse suite au refus de Valls, qui souhaiterait se faire oublier sur ce dossier, alors qu’il continue d’affirmer partout qu’il ne cédera ni à Sivens ni à Notre-Dame-des-Landes. D’ailleurs, il semblerait que l’ordre d’« extrême fermeté » donné à la gendarmerie ce week-end-là par le préfet du Tarn venait directement de Matignon...
Gouvernement antisocial, anti­écologique, menteur et assassin... Le dossier est lourd. Nous saurons le leur rappeler.

Sandra Demarcq

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