Meeting de l'université d'été - Intervention d'Armelle Pertus

Depuis 2008, le moins que l’on puisse dire c’est que cette crise n’a  fait qu’engraisser davantage ceux qui n’avait déjà plus besoin de ceinture pour faire tenir leur pantalon. Mieux, sous couvert d’effort national partagé partout dans le monde, là où les travailleurs avaient arraché par la force de leurs luttes des droits et des avantages, les gouvernements, de droite comme de gauche, main dans la main avec le patronat, leur reprennent.

 

Et pourtant, de l'argent ils en ont et la reprise ce n'est que l'augmentation des richesses des plus riches.

Car l’argent coule à flots pour les nantis de ce monde avec environ 427 milliards de dollars de dividendes globaux versées par les entreprises cotées au CAC 40 à leurs actionnaires mi-2014.

Quelle indécence face aux 23 millions de chômeurs de l’Union européenne, qu’un seul dirigeant comme celui de Sanofi, touche 4 millions d’euros de prime de bienvenue et une rémunération annuelle entre 3 et 4 millions d'euros (le million d'euros flottant semblant un grain de sable pour ces gens-là).

Quelle indécence encore en France d’entendre parler de surproduction de viande, de lait, de fruits et légumes quand, en 2014, les restos du cœur chiffraient à 130 millions le nombre de repas distribués, 121 millions de plus qu’il y a trente ans.

Quelle indécence enfin d'invoquer le manque de moyens pour accueillir, de monter de nouveaux barbelés et de déployer la flicaille devant les quelques centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants fuyant les guerres et la misère dont seuls les impérialistes sont responsables. Et ce d’autant que les frontières européennes s’ouvrent grands aux pilleurs de richesses, au dictateur squatteur de plages et d’hôpital public et aux acheteurs d’avions de guerre.

Et dans tout ça, les gouvernements ne sont pas de pauvres marionnettes soumises à la loi du marché, les Merkel et Hollande ont choisi leur camp : celui des rapaces de la finance et des exploiteurs.

Le pouvoir qu’ils ont, ils l’utilisent à enfoncer chaque jour davantage les populations dans la misère et la peur. La Grèce est leur terrain de jeu privilégié en ce moment et leur sert d’outil de chantage : plus les travailleurs et la jeunesse perdront de droits, plus notre camp social en sera affecté partout ailleurs.

 

On en a soupé de leurs discours sur les responsabilités et nous devons le dire tout net : on ne doit rien et leur dette on ne la payera pas!

Qu’ils piochent l’argent dans les 4 500 milliards d’euros mis à disposition des banques depuis 2008 !

D’Athènes à Paris, en passant par Baltimore, Madrid ou encore Bursa en Turquie, les parasites, les profiteurs, les exploiteurs et les pollueurs ce ne sont pas les travailleurs du Pirée, les femmes de ménage des hôtels de luxe, les adolescents noirs, les sans-logements ou les ouvriers de chez Renault.

Eux au contraire, nous ont montré cette année, que malgré toutes les tentatives de mise à genoux, la rage créée par la situation sociale et politique donnait l’envie de se battre à des générations de salariées et de jeunes.

En France, les grèves sur les salaires ont largement dépassé le cadre traditionnel des négociations annuelles obligatoires. Totalement à contre-courant du discours dominant qui martèle que les caisses sont vides et que tout un chacun doit poursuivre ses sacrifices pour mieux rebondir un jour lointain, les salariés d'Ecocert, de la Snecma, de Carrefour Market, de Kéolis, pour ne citer qu'eux, ont décidé de se mettre en grève pour revendiquer une augmentation de salaires et des primes. De l’agitation un peu habituelle, la revendication sur les salaires est devenue l’objectif à atteindre et ce, souvent après les annonces des revenus faramineux et autres retraites chapeaux des dirigeants. Mais aussi face à l’indigence exacerbée des conditions de travail et de vie parce que trimer au travail s’accompagne désormais de services publics dégradés par les coupes budgétaires à répétitions qui entraînent forcément une qualité de soins, d’école, de transport au rabais.

 

Il est temps de les stopper avant qu’ils n’aient notre peau !

Les capitalistes n’ont peur que d’une chose : des travailleurs en mouvement.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard qu’en France par exemple, la répression contre les militants syndicalistes reste un axe central de la politique patronale. Il y a chaque année plus de 15 000 demandes de licenciement de salariés protégés. Cette politique vise d'abord les militants « lutte de classe », mais elle cherche aussi à dissuader d'agir l'ensemble du prolétariat […]. L'exemple des grèves des postiers est à ce titre très parlant: des grèves à répétition, qui permettent des victoires partielles, qui font converger différents services, avec à l'intérieur des militants qui posent la question de la convergence des luttes et tentent de la mettre en pratique. Alors, sentant le danger, la direction de la Poste et le gouvernement veulent faire des exemples pour faire taire les autres: c'est pourquoi ils tapent un grand coup en révoquant notre camarade Yann Le Merrer de la Fonction Publique. Alors qu’une telle procédure n'était pas arrivée depuis 1951.

Et face à cette détermination du camp de la bourgeoisie, il faut dire sans détour que l’ensemble des organisations syndicales a préféré jouer la carte du confort ; le terrain connu du dialogue social, au chaud dans les salons plutôt que d’écouter la voix de celles et ceux qui non seulement se battaient mais commençaient à comprendre que la lutte secteur par secteur serait vaine à long terme. C’est cette compréhension qui a fait se rencontrer des postiers et des salariés de Carrefour market, des grévistes de Radio France et des intermittents, des manifestants sous le coup de la répression, et pour certain de la prison ferme, comme à Toulouse notre camarade Gaëtan, avec des militants de la Confédération paysanne au Bal des réprimés.

Ce renoncement des organisations syndicales amènent à un véritable gâchis au regard des possibilités qui se sont exprimées cette année dans l'éducation nationale ou bien encore dans la Santé. L'envie d'en découdre était manifeste pour leurs droits comme salariés mais plus généralement par rapport à une certaine idée de la société faite de droits et de solidarité.

Alors oui, les obstacles sont importants mais dans cette situation instable, on ne peut pas évacuer de nouvelles accélérations qui d’une situation socialement et politiquement tragique amène comme en Grèce à des grèves générales monstres, des occupations de place, des solidarités qui annoncent sans ambiguïté le refus de payer, de suer, d’avoir faim à la place et pour l’intérêt exclusif des capitalistes.

Ces différentes expériences, dont la Grèce est pour l’instant la plus aboutie nous amènent à deux réflexions : Il n’y a pas d’issue positive pour les classes populaires si l’énergie de leur lutte finit coincée dans les institutions même si celles-ci sont aux mains d’un gouvernement dit radical et qui pourtant n’aura pas hésité à envoyer sa police cogner les manifestants révoltés par le 3e Mémorandum.

Et pour mener au bout ces mobilisations qui mettront à sac toutes les structures d’organisation de la bourgeoisie pour se créer leur propre structure de décisions, il faut dès maintenant que les militant-e-s convaincus de la nécessité de renverser le capitalisme s’organisent, se coordonnent, interviennent dans les secteurs clé pour y défendre consciemment cette orientation et arrivent à se saisir des opportunités de la situation pour transformer la réalité.

Capter la rage de celles et ceux qui se soulèvent et agissent, c'est l'envie que nous voulons donner à toutes celles et tous ceux présents  ce soir, pour amorcer notre rentrée.

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