Lutte contre l’antisémitisme : entre confusion et stigmatisation

Alors que le mythe d’une unité nationale suscitée par les attentats de janvier contre Charlie hebdo et l’Hyper Cacher s’estompe, ce que confirment tous les sondages d’opinion, polémiques et procès d’intention se multiplient, prenant pêle-mêle pour cible « les jeunes musulmans », Olivier Besancenot ou le Front de gauche et ses électeurs, désignés comme foyer d’expression de l’antisémitisme. Une campagne nauséabonde qui doit être rapidement et énergiquement combattue.

Président de l’auto­proclamé Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), Roger Cukierman, multirécidiviste en attaques islamophobes, a décerné à Marine Le Pen un certificat d’irréprochabilité en matière de lutte contre l’antisémitisme. Il n’hésite pas à s’en prendre aux jeunes issus de l’immigration, stigmatisant sans nuances « les jeunes musulmans » qui seraient d’après lui responsables de toutes les violences, entraînant la décision du Conseil français du culte musulman de décliner l’invitation au dîner annuel du CRIF lundi 23 février.
Cette phobie antimusulmane, et cette bienveillance envers l’extrême droite, ne date pas d’hier. Déjà lors de l’élection présidentielle de 2002, Cukierman n’avait pas hésité à se féliciter du score élevé réalisé par Jean-Marie Le Pen, allant jusqu’à affirmer que c’était « un message aux musulmans de se tenir tranquilles ». Invité d’honneur au dîner, François Hollande a annoncé quant à lui un renforcement des lois anti­terroristes, et une série de mesures de contrôle des réseaux sociaux.

Lutter contre toutes les formes de racisme
Profitant de la sortie de son nouvel ouvrage très médiatisé Soumission, véritable torchon islamophobe, Michel Houellebecq se lance dans une interview au Point dans une attaque en règle contre un « nouvel antisémitisme qui est la conséquence directe du conflit israélo-palestinien ». Un nouvel antisémitisme qui serait « lié à l’extrême gauche qui a désigné Israël comme ennemi : des gens comme Besancenot ou Plenel, enfin ceux qui ont développé cette construction aberrante qu’est l’islamo-gauchisme. On connaît les coupables », affirme-t-il...
Enfin, Dominique Reynié, directeur de Fondapol, think tank proche le l’UMP, se fondant sur une étude fort contestée de novembre dernier, présentait les proches du Front de gauche comme l’un des principaux « foyers d’expression d’antisémite », accusant même Jean-Luc Mélenchon de tenir des propos qui « favorisent l’antisémitisme ».
Toutes ces attaques ne visent qu’un même but : délégitimer le soutien à la cause palestinienne, justifier l’allégeance gouvernementale à la politique pro-israélienne accentuée depuis les bombardements de l’été dernier sur la population de Gaza. Elles ne sont qu’une nouvelle mise en musique du discours de Manuel Valls il y a quelques mois pour qui « l’antisionisme d’aujourd’hui n’est que l’expression du vieil antisémitisme ».
Les anticapitalistes ne se laisseront pas intimider par cette campagne. Notre lutte contre toutes les formes de racisme, qu’il prenne la forme de l’antisémitisme ou de l’islamo­phobie, fait partie de nos fondamentaux, et le 21 mars prochain, avec des dizaines d’organisations, nous manifesterons contre le racisme et le fascisme dans l’unité la plus large.

Alain Pojolat

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