La crise des loyers est devant nous

JMB

Le temps passe et il ne se passe rien sur le front des loyers. Ou plutôt : ce qui était prévisible se réalise. Le recouvrement des loyers de l’échéance d’avril, après celle de mars, confirme l’augmentation des impayés. Elle est dans une fourchette de 10 à 25 % selon les bailleurs. Et on peut s’attendre à ce qu’il en soit ainsi pour les échéances de mai et juin.

Face à une situation brutale de chute des ressources, beaucoup de locataires sont contraints de choisir entre le loyer ou se nourrir, et certainEs parmi elles et eux n’ont pas eu d’autre choix que de recourir aux distributions solidaires. Le choix est vite fait.

Inaction gouvernementale

Face à cette situation, le gouvernement ne réagit pas. Il laisse les bailleurs se débrouiller. L’USH (le regroupement des bailleurs publics et privés) a signé une charte, qui n’a pas force de loi, avec des associations de locataires qui se sont montrées pour le coup bien irresponsables de se prêter à cette manœuvre. Cette charte ne propose, à côté des vœux pieux tels le renforcement du Fonds de solidarité logement (FSL), le retour sur la réforme des APL ou le report de la trêve hivernale, que l’étalement de la dette sur le reste de l’année... ce qui n’est pas du tout au niveau de la situation. Les bailleurs font semblant d’exiger du gouvernement des mesures sociales mais en fait leur préoccupation essentielle c’est de s’assurer, d’une façon ou d’une autre, que les loyers soient payés par les locataires.

La crise des loyers est bien là et, en l’absence de réponse gouvernementale, les bailleurs ont des réponses très disparates. Cela va de la suppression du loyer du mois d’avril pour l’OPH de Bobigny (qui reste à confirmer) à l’aménagement des appels de charges chauffage (Paris Habitat), voire le remboursement de l’excédent versé en charges quand il y en a. Et globalement ils proposent la discussion individuelle avec les locataires pour négocier l’étalement de leur dette, pour ceux qui sont sensibles aux difficultés qu’ils et elles connaissent. Jusqu’à l’indifférence totale comme pour des bailleurs tel Logirep ou les 3F qui ne s’expriment pas et exigent leurs loyers comme si de rien n’était.

En contrepoint se pose la date de la fin de la trêve hivernale, toujours fixée par le gouvernement au 10 juillet. Si la ville de Paris a décidé du report de la trêve jusqu’en mars 2020 pour ses trois bailleurs sociaux, pour tous les autres il n’y a rien de changé. Là aussi l’absence de décision du gouvernement laisse les locataires à la merci du bon vouloir de tel ou tel bailleur. Rien n’empêche d’ores et déjà la reprise des procédures judiciaires et cela fait craindre pour les mois d’été une vague d’expulsions locatives.

Pour le moment les mobilisations difficiles des locataires dans le contexte de confinement (pétitions, banderole, appels...) n’ont pas permis de forcer le gouvernement à réglementer sur l’allègement des loyers. La mobilisation continue pour rendre visible cette revendication, urgente, avec la certitude que la crise des loyers est devant nous.

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