Hauts-de-Seine : des centaines de familles à la rue ?

En avril-mai, des familles hébergées par le 115, via le Service intégré de l’accueil et de l’orientation (SIAO) des Hauts-de-Seine (le département le plus riche de France) apprenaient au moment du renouvellement de la prise en charge (habituellement pour 1 mois) que celle-ci allait prendre fin et que dans deux semaines, elles seraient à la rue. Point final !

Les hôtels sont dans plusieurs départements, mais les familles dépendent du préfet du 92, les enfants sont scolarisés dans les écoles du 92 (pas à Neuilly, soyez rassurés !), et les enseignantEs se sont vite mobilisés : « Pas un seul de nos élèves ne doit vivre dans la rue ! »

La préfecture admet que 100 familles seraient touchées, les estimations allaient au-delà de 200, et cela fait beaucoup d’enfants.

Refuser le cas par cas

Le motif de ce scandale : faire des économies en ne mettant à l’abri que les personnes « les plus vulnérables » : femmes enceintes, parents d’un enfant de moins de 3 ans, personnes malades ou en situation de handicap, femmes victimes de violences. Votre enfant a 3 ans et 3 jours : pas vulnérable, dehors !

Les délégations reçues par le préfet ont obtenu un sursis, et des familles dont les enfants sont scolarisés seraient maintenues dans les hôtels jusqu’à la fin de l’année scolaire… Pas bête : on les mettra dehors quand le réseau autour des écoles sera dispersé et que les écoles qui avaient commencé à héberger des familles seront fermées.

La préfecture se dit prête à examiner les situations au cas par cas (on n’en veut pas !) mais affirme que si des familles restent aussi longtemps à l’hôtel c’est qu’il y a un problème… du côté des familles. Les gouvernements successifs, tous « bienveillants » bien sûr, n’ont pas construit de logements vraiment sociaux, ne réquisitionnent pas les bâtiments vides, et c’est la faute de ces familles qui ne veulent pas faire un effort…

Il y a des familles où le salaire est trop faible pour trouver un logement, en attente de recours Dalo (droit au logement opposable) ; d’autres, sans papiers, pourraient bénéficier du Daho (droit à l’hébergement opposable), ou sont depuis plus d’un an en attente d’une réponse à leur demande de régularisation. Et là c’est l’autre face de la préfecture : « Il y a 70 % de fraudes, alors on doit mettre des mois pour tout vérifier » ; vérifier que des enfants sont scolarisés, c’est sûr que c’est long… La loi est pourtant du côté des familles : « Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d’hébergement d’urgence […] toute personne accueillie dans une structure d’hébergement d’urgence doit pouvoir […] y demeurer […] jusqu’à ce qu’une orientation lui soit proposée »1.

Les mobilisations continuent pour que les familles soient à l’abri avant l’été. 

Isabelle Guichard

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Deux pétitions : 

https://www.change.org/p/stop-aux-expulsions-des-familles-h %C3 %A9berg %C3 %A9es-en-urgence-dans-les-hauts-de-seine-92

https://www.change.org/p/refusons-la-mise-%C3 %A0-la-rue-des-familles-en-ile-de-france

  • 1. Art. L. 345-2 du Code de l’action sociale et des familles.

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