Grenoble : la cité Mistral, symbole des inégalités

Le quartier Mistral est une petite enclave urbaine située à la périphérie de Grenoble, coincée entre l’autoroute A48 à l’ouest, la bretelle de sortie au sud et une avenue passagère à l’est, où vivent 3 000 habitantEs aujourd’hui. La mort de deux jeunes, Adam et Fathi, poursuivis par la police, interroge sur l’histoire du quartier et pousse les habitantEs à réclamer vérité et justice.

En 1920, c’est la première cité-jardins de France. Ce sont des maisons et 4 petits immeubles avec jardins, services et commerces. Jusqu’à 8 000 personnes vivront dans ce quartier de logements sociaux. Dans les années 1960, la cité est peu à peu démolie, sans concertation avec ses habitantEs, 1100 logements sociaux sont construits : des tours de 15 étages et des barres dont certaines atteignent un demi kilomètre de long. La cité-jardins devient un grand ensemble de logements sociaux. 

Une gentrification qui ne dit pas son nom

Le choix politique est de parquer les populations les plus pauvres, les immigréEs venant d’Italie et du Maghreb, 35 nationalités y cohabitent plus ou moins bien, loin du centre-ville. À partir des années 2 000, l’ANRU 1 et la ville mènent une politique dite de désenclavement. Les tours qui avaient fini par faire partie du paysage tombent. Des familles sont expédiées dans d’autres quartiers, ils ne sont plus que 3 000 à vivre dans ce quartier qui se dégrade. Les commerces de proximité et certains services publics disparaissent. Et depuis presque 20 ans, le quartier est un vaste chantier permanent de démolition/reconstruction. L’ANRU finance principalement la partie démolition des projets, et ce sont essentiellement les bailleurs sociaux, donc en grande partie les loyers des locataires, qui financent les rénovations et reconstructions. Les démolitions sont une source de profits non négligeables pour les entreprises du BTP ! 

Discriminations et violences policières

L’habitat de centre-ville demeure toujours inaccessible. Grenoble est une ville particulièrement inégalitaire : dans certains quartiers du centre, les revenus mensuels des habitantEs atteignent 2 500 euros, alors qu’ils ne sont que de 900 euros en moyenne à Mistral. 45 % des 18-30 ans sont au chômage contre 27 % de la même tranche d’âge dans le reste de la ville. La défiance des habitantEs vis-à-vis des institutions est énorme, à la hauteur de la conscience des discriminations et inégalités subies malgré l’engagement reconnu des professionnels de terrain dans l’éducation ou l’animation par exemple. Mais le service public le plus présent reste la police. Car, comme le confirme le Défenseur des droits, plus s’accentuent la violence sociale, la pauvreté et les suppressions de services publics et commerces de proximité, plus les violences policières augmentent. La recherche de caches d’armes éventuelles ou de drogue justifie toutes les attitudes « spéciales quartiers populaires » à l’encontre des jeunes. Même les courses-poursuites mortelles. Le délégué départemental FO des policiers le reconnaît : « On poursuit parce qu’on ne sait jamais si on ne va pas déboucher sur des infractions plus graves commises antérieurement ». Toujours la présomption de culpabilité ! Il faut rappeler que Fathi et Ada étaient poursuivis d’abord pour absence de casque et d’éclairage… Les habitantEs s’organisent pour obtenir que toute la vérité soit faite sur ce drame. 

Roseline Vachetta

1 – Agence nationale de rénovation urbaine. 

 

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