Formanoir-Pessac. Derrière la rénovation urbaine, l’attaque contre le logement social

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Sur le quartier populaire de Formanoir, plusieurs tours sont menacées de démolition (voir « Anticapitalistes » septembre 17).

Bien sûr, le maire affirme que ce n’est, pour l’instant, qu’un projet et que des réunions de concertation auront lieu. Mais, on a pu voir, avec la brutale démolition dans le quartier d’une vielle maison mauresque il y a peu, au mépris des protestations de nombreux habitants, quel genre de « concertation » pratique ce maire.

Le cabinet Ellipse, chargé du projet de « réhabilitation » du quartier a publié un document-diagnostic détaillé : Il s’agirait d’établir une « coulée verte » qui relierait le Campus universitaire à Bougnard et au Pontet, deux quartiers voisins. Cette coulée verte, espace à la fois de nature et de circulation (piétons, voitures) passerait en plein milieu de notre quartier et offrirait l’opportunité de nouveaux commerces. On apprend aussi que la clinique Saint Martin, toute proche, enclavée entre la cité et l’autoroute et qui avait un temps des vues sur le terrain de l’école voisine, demande 1000 m² pour construire un hôtel pour ses clients…

Cette belle « coulée verte » pourrait causer la démolition d’au moins trois tours et l’expulsion de 340 familles.

Que deviendront les familles dont le logement est menacé de destruction ? Seront-elles relogées ? Où et à quel prix ? Mystère. Le maire reste très vague dans ses réponses. Lors du dernier Conseil municipal, il a concédé que tous seraient relogés sur Pessac.

Son argument principal, c’est la pauvreté et la ghettoïsation du quartier : « Formanoir » dit-il, « fait partie des 1300 quartiers les plus pauvres de France ; 45% des jeunes de moins de 25 ans y sont au chômage »

 Sa solution : envoyer les pauvres plus loin !

Un adjoint au maire, lors d’une réunion des habitants, s’est appuyé sur la dénonciation par les présents du manque d’hygiène et du délabrement pour dire que ça justifie bien une démolition !

Comme si la municipalité, comme si Domofrance n’étaient pour rien dans le délabrement, l’abandon d’entretien de nos tours depuis des dizaines d’années !

Pourtant, l’enquête réalisée par la CNL sur le quartier montre que, majoritairement, ceux qui se sont exprimés disent « Non à la démolition. Oui à la réhabilitation »

Après la vente à des propriétaires privés de dizaines de logements sociaux locatifs dans les immeubles bas de la Cité, ce sont à présent plus de 300 autres logements sociaux locatifs qui risquent de disparaître. Une véritable hémorragie du logement social !

Feu sur le logement social

Cette politique, à Pessac, s’inscrit tout à fait dans les mesures que vient d’annoncer Macron : après la baisse des APL de 5 €, l’Assemblée vient de voter la baisse des loyers dans le parc social et la baisse équivalente des APL. Etalée sur trois ans, elle sera de 800 millions d’euros en 2018, 1,2 milliard en 2019 puis 1,5 milliard par an à partir de 2020. Avec des conséquences immédiates pour les habitants : les organismes HL% annoncent déjà un gel des constructions et des rénovations.

En même temps, le gouvernement veut imposer le regroupement de tous les bailleurs sociaux -plusieurs dizaines dans le pays - en seulement dix bailleurs sociaux. Les moins riches et souvent les plus proches de la population vont disparaitre. Et ce n’est qu’une première étape puisque ce qui est envisagé, c’est de maintenir seulement 3 bailleurs sociaux, qui deviendraient les interlocuteurs privilégiés du gouvernement.

Domofrance qui est un des plus gros se frotte les mains et les négociations vont bon train.

Les gouvernements successifs ont saboté les anciens organismes HLM, Macron veut donner le dernier coup : quelques bailleurs partenaires des gouvernements, de moins en moins sociaux et de plus en plus entreprises capitalistes

Gérard Barthélémy, Anticapitalistes ! NPA33, n°76

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