Logement : le scandale en chiffres...

Alors que le froid est arrivé, les morts de SDF se multiplient. En France, 100 000 personnes vivent dans la rue.

- 6° C C’est la température en dessous de laquelle la ministre du Logement, Christine Boutin, a proposé de contraindre les SDF à se rendre dans un centre d’hébergement d’urgence. Un ministre lance une idée absurde, un autre ministre la conteste et le président arrive au galop pour tout arranger… Le scénario se répète et, comme à chaque fois, les questions de fond restent dans l’ombre.

265 Depuis le début de l’année, le collectif "Les morts de la rue" a dénombré « plus de 265 personnes mortes dans la rue, dans des voitures, dans des cabanons [auxquelles il faut] ajouter également les personnes qui se sont défenestrées, se suicidant pour éviter une expulsion, pour fuir la misère ». 158 morts depuis l’été.

100 000 C’est le nombre (sous-évalué) de personnes vivant dans la rue – dont 16 500 enfants – et, avec la même difficulté d’estimation, ils sont au moins 1 million à ne pas avoir de domicile personnel ; ils sont de plus en plus nombreux à avoir un emploi, mais toujours pas de logement. Les sans-logement répugnent à aller s’entasser dans les hébergements parce qu’ils sont vite sales, parce qu’on les y oblige à l’abstinence, parce qu’ils ne s’y sentent pas en sécurité (vols, agressivité), parce que ce sont des lieux où on ne peut rester qu’une nuit et qu’on doit laisser à l’entrée sa dignité d’individu. Et ce n’est pas de la faute de ceux qui gèrent ces lieux, et ce n’est pas en augmentant les places d’accueil, et ce n’est pas en enfermant les pauvres qu’on fait disparaître les raisons du scandale. Il faut construire, vite, des logements vraiment sociaux, et il faut donner tout de suite un vrai logement à ceux qui n’ont plus rien. Si, déjà, on arrêtait les démolitions d’immeubles en bon état… Il faut rouvrir les milliers de logements fermés en attente de démolition, et il faut interdire les expulsions sans relogement ! Et si les immeubles vides dans Paris étaient réquisitionnés ? « Trop compliqué juridiquement, donc trop long et trop coûteux », a déclaré M. Hirsch. Mais, depuis que la loi de réquisition existe, on aurait eu le temps de loger des centaines de personnes. Quant au coût, les mêmes sociétés, les mêmes protégés du gouvernement, qui spéculent sur leurs immeubles vides, construisent des milliers de bureaux en banlieue ! Les centres d’hébergement doivent être humanisés, garantir le droit des personnes hébergées à l’intimité et à la sécurité : ouverture 24 heures sur 24 et 365 jours par an ; locaux adaptés (chambres ou studios individuels, unités familiales, places accessibles aux personnes ayant un animal…).

90 Depuis la loi sur le droit opposable au logement (Dalo), en mars 2007, sur 50 000 demandeurs, seulement 3 500 ont été relogés sur les onze derniers mois. À Paris, 90 relogements (moins de 1 % des 11 000 demandes), avec des délais incroyables : plus de cinq mois pour obtenir seulement un accusé de réception du dépôt en préfecture, et l’aberration de la multiproposition (la même offre de logement proposée à trois familles Dalo).

12 000 Après le campement de la rue de la Banque, le gouvernement avait dû signer, le 14 décembre dernier, l’engagement de reloger dans un délai d’un an les 374 familles. Non seulement, seules 130 d’entre elles sont logées mais, de plus, le DAL est condamné à 12 000 euros d’amende pour

« dépôt et abandon de gravats, de rebuts, ou de poubelles sur le trottoir »

. Le délit d’encombrement de la voie publique s’applique désormais à des êtres humains !

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