Lignes à grande vitesse : nouveaux renoncements

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Le gouvernement cède aux pressions des entreprises de construction et confirme le lancement de deux projets de ligne à grande vitesse. Des deux côtés, la bataille repart.

TGV Lyon-Turin, Hollande et le PS au chevet de la mafia calabraise
François Hollande et Matteo Renzi ont annoncé mardi 24 février le lancement des travaux de la LGV Lyon-Turin à partir de 2016. Le projet du TAV (treno ad alta velocità) lancé en 2001, pour une mise en service en 2026, a pris du retard. Il faut dire qu’il est fortement contesté du côté italien, et depuis peu en France, où même ses premiers laudateurs, EÉLV et Front de gauche, rejoignent désormais le camp des opposants.
Les raisons du refus ne manquent pas. Pollution liée au percement de trois tunnels dans des montagnes où l’amiante le dispute à l’uranium ; existence d’une liaison ferroviaire modernisable ; création d’une liaison fret de ferroutage permettant de faire passer, en réalité, plus de camions sous l’obstacle des Alpes ; et un coût total estimé à 26 milliards d’euros au bénéfice d’entreprises du BTP liées à la mafia calabraise, comme le révèle le dossier déposé auprès de l’OLAF (Office européen de lutte antifraude).
En effet, certaines entreprises présentes sur le chantier italien ont des liens avec la « ‘Ndrangheta », une organisation mafieuse calabraise. Les documents fournissent la preuve que l’actuel directeur général de Lyon Turin Ferroviaire (LTF) a signé dans le passé un contrat avec deux sociétés liées à la mafia calabraise. La France n’est pas en reste : en 2012, le Canard enchaîné révélait que la commission d’enquête publique avait poussé Réseau ferré de France (dont LTF est une filiale) à passer un marché avec Truchet BTP, une entreprise de travaux publics. Son président, Roger Truchet, n’est autre que le frère de Guy Truchet… membre de la commission d’enquête publique !
Pendant ce temps, la répression s’abat sur les opposants. Le tribunal de Turin a condamné 47 No-TAV à plus de 140 ans de prison et à des dommages et intérêts qui dépassent la centaine de milliers d’euros, et des milices privées s’installent sur le chantier...
L’organisation d’une marche No TAV entre Lyon et le Val de Suse pour l’été 2015 est en discussion… À suivre.

Un Poitiers-Limoges tout aussi inutile et antidémocratique
Techniquement aberrant, il obligera les Limousins à passer par Poitiers pour se rendre à Paris, tarissant du même coup la ligne actuelle Toulouse-Limoges-Orléans-Paris (POLT), délaissant La Souterraine et les Creusois sous le prétexte d’un soi-disant désenclavement. Son coût de plus de 2 milliards d’euros sera supporté en majeure partie par les collectivités territoriales, notamment le conseil régional Poitou-Charentes, le conseil général de la Vienne et la communauté d’agglomération de Poitiers qui devront amputer leur budget, cela au détriment de l’emploi, l’éducation, la santé ou l’aide sociale. L’investissement est sans commune mesure avec l’agglomération moyenne de Limoges qui ne fournira qu’un nombre limité de voyageurs, contraints en plus de payer un billet au prix fort.
Il s’agira aussi d’un désastre écologique puisqu’une tranchée traversera des régions vertes jusqu’à maintenant préservées, défigurant notamment la vallée du Clain au sud d’Iteuil et rayant de la carte 1 200 hectares de terres agricoles. Enfin, la traversée de zones habitées imposera des nuisances (effet de souffle, bruits, vibrations) aux riverains.
Inutile pour les Poitevins et absurde pour les Limousins, ce projet doit être abandonné au profit  d’une amélioration de la ligne TER Poitiers-Limoges aujourd’hui menacée par la LGV.

Commission nationale écologie

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