L’exemple du Botswana : dépénaliser n’est pas protéger les LGBTI

Le 11 juin 2019, la Haute Cour du Botswana, pays d’Afrique australe anciennement colonisé par l’Angleterre, a voté la dépénalisation des relations homosexuelles. Depuis 1965, la loi sanctionnait les relations lesbiennes et gays par des peines de prison pouvant aller jusqu’à 7 ans. Le Botswana est officiellement devenu le 20e pays africain (sur 54) à dépénaliser l’homosexualité.

Une lutte de longue haleine

Cette décision juridique est la conclusion d’une lutte qui s’étend sur deux décennie. En 1998, le gouvernement du Bostwana révise les lois relatives aux droits des femmes et prend plusieurs mesures en faveur de l’égalité des droits politiques. Ce premier pas en avant suscite une vague d’espoir au sein des communautés LGBTI, qui fondent la même année l’association LeGaBiBo (Lesbiennes, gays et bisexuelLEs du Botswana), pour tenter d’influencer le gouvernement1. Ainsi, il aura fallu près de 20 ans de lutte et de campagne de sensibilisation pour que les LGBTI du Botswana arrachent le droit de vivre leur orientation sexuelle sans être poursuiviEs devant un tribunal.

LGBTIphobies et passé colonial

Les opposantEs à la loi de dépénalisation pointent la responsabilité des pays occidentaux. À leur yeux, l’homosexualité serait une orientation sexuelle importée par-delà la Méditerranée, et elle se répandrait à travers le continent africain via l’influence de l’Europe. Mais quand on se demande d’où viennent les lois qui pénalisent les personnes LGBTI dans les anciennes colonies d’Afrique, la réalité est tout autre. Il s’agit majoritairement de lois promulguées au cours du 19e siècle par les gouvernements coloniaux, que ce soit dans les pays anglophones ou francophones. La diffusion à large échelle des idéologies LGBTI­phobes et le renforcement de l’arsenal répressif pour punir les relations homosexuelles a perduré par-delà les bouleversements politiques des processus de décolonisation. Ainsi, la dépénalisation de l’homosexualité est surtout à appréhender comme une rupture avec le passé colonial des pays d’Afrique, plutôt que comme l’expression d’une influence occidentale.

Des dynamiques contradictoires

La dépénalisation des relations homosexuelles au Botswana s’inscrit dans une série d’avancées pour les droits des LGBTI sur le continent africain. L’Angola a voté une loi similaire en 2017, comme le Mozambique en 2015 et le Lesotho en 2012. Le mariage des couples de même sexe est autorisé depuis 2006 en Afrique du Sud. 

Pour autant, ces quelques éléments positifs dans la situation s’accompagnent de tout un ensemble d’insuffisances, d’échecs voire de reculs. Le 24 mai dernier, la Haute Cour de Nairobi au Kenya s’est opposée à la dépénalisation de l’homosexualité. L’une des juges avait estimé que les sections du code pénal qui prévoient jusqu’à 14 ans de prison pour sanctionner les relations homosexuelles, n’étaient pas inconstitutionnelles2. Il ne faut pas non plus perdre de vue le caractère très partiel de la dépénalisation. Si aucune loi sanctionnant les personnes LGBTI n’existe, cela ne signifie pas que la loi les protège ! En Côte d’Ivoire, au Mali, dans les deux Congo, la loi ne pénalise pas les relations lesbiennes et gays. Et pourtant, les demandes d’asile de ressortissantEs de ces pays en raison de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre restent stables3. Enfin, la montée de l’extrême droite en Occident ne peut que constituer un marqueur inquiétant pour les LGBTI à l’échelle internationale : aux États-Unis, la progression des idées réactionnaires a déjà occasionné d’important reculs pour les droits des femmes en termes d’accès à l’avortement, au Brésil les agressions homophobes ont augmenté depuis la victoire de Bolsonaro…

Solidarité LGBTI internationale

L’importance à nos yeux, c’est donc bien de penser indissociablement la lutte contre les LGBTIphobies et la lutte contre l’impérialisme. Notre solidarité internationale doit s’accompagner d’une lutte contre les politiques migratoires assassines de l’État français, pour l’octroi du statut de réfugié aux demandeurEs d’asile LGBTI, mais aussi pour l’accueil inconditionnel et la régularisation de touTEs les migrantEs.

Lisa Derradji

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