Leroy-Somer Angoulême (16) : une lutte d’ampleur pour les salaires

Usine de la métallurgie de 2 100 travailleurs, Leroy-Somer est en grève pour l’augmentation des salaires. Au moment où nous écrivons, les travailleurs avec la CGT, qui ont occupé les entrées des sites de Rabion et de la fonderie pendant les vacances de fin d’année, préparent la grève pour le 7 janvier, date du début des négociations annuelles obligatoires (NAO).

Le mouvement a commencé ce 17 décembre, quand la direction a annoncé que la prime d’intéressement était à zéro. Utile en fin d’année pour joindre les deux bouts, depuis la crise de 2008, la direction l’a quasiment fait disparaître. A l’annonce du mauvais coup, la soixantaine de travailleurs présents devant le siège ont aussitôt bloqué l’entrée avec un feu de palette.
La direction prétendument « séquestrée » s’est enfuie par une porte dérobée, à travers champs, le site étant en pleine campagne... Elle a ensuite annoncé qu’elle accordait une « prime de 20 % du salaire brut de novembre », mais ça n’a convaincu personne : les travailleurs ont demandé un partage égalitaire de 750 euros pour tous.

Une détermination sans faille
Face au refus patronal, le lendemain matin, plusieurs centaines de travailleurs débrayaient et bloquaient les portes des sites de la Fonderie et de Rabion pour empêcher les livraisons. Les revendications de la grève étaient formulées : prime égale pour tous de 750 euros ; 13e mois garanti ; 100 euros d’augmentation mensuelle.
Malgré l’approche des vacances de fin d’année, à partir de vendredi 19 décembre, et la fermeture du 24 décembre au 5 janvier, l’AG des grévistes décidait de maintenir la grève et les piquets... jusqu’à la rentrée ! En se relayant, les camarades ont entretenu les piquets pendant toutes les vacances. Les deux réveillons se sont faits certes dans le froid, mais avec une chaleur humaine et une fraternité qui rendra ces moments inoubliables.
La direction, aux abonnés absents, a fini par contacter le délégué central CGT pour lui proposer de « discuter » en se lamentant : « vous n’allez quand même pas passer Noël dans la rue et le froid »... Le Medef Charente a aussi contacté l’UD CGT pour dire la même chose, s’inquiétant : « il ne faudrait pas que ce mouvement fasse tache d’huile »... La réponse des grévistes a été nette : « on parle de nos revendications et si une réunion a lieu, c’est sur les sites bloqués ». La direction en est devenu muette.
Mais le lendemain, mercredi 24 décembre, elle envoyait un huissier constater le « blocage » ! Cela n’a en rien entamé la détermination, bien au contraire, et le réveillon a été particulièrement festif.
Ce mouvement courageux et combatif s’est attiré la sympathie de nombreux travailleurs, mais aussi des petits artisans et commerçants des alentours. La solidarité s’est vite exprimée avec des visites d’autres entreprises, certaines en grève (Géant Casino, la Brink’s...), des retraités, des UL CGT, Solidaires 16, des militants des partis politiques (NPA, PCF, PG...) qui apportaient soutien humain, financier, des victuailles, des gâteaux et chocolats. Des réserves pour tenir deux mois...

Un sale coup... qui n’entame pas la combativité !
Lundi 29, le patron a assigné en référé 9 camarades, prétendument « responsables » de la grève, et a demandé la levée du blocage. Nous sommes allés à 150 au tribunal soutenir nos copains ! Malgré tout, la justice bourgeoise a servi les intérêts des patrons : nos camarades ne sont pas condamnés, mais la juge ordonne la levée des piquets pour permettre la « libre circulation » des camions... Cela assorti d’une amende de 500 euros pour ceux qui s’opposeraient.
Un mauvais coup qui n’a pas entamé la détermination. Ce sont des cadres et des chefs qui ont dû manier eux-mêmes la pelle pour dégager les entrées et permettre à trois camions de rentrer dans l’usine.
Preuve que le mouvement est bien vivant, une AG s’est tenue samedi dernier au piquet de la fonderie. Une centaine de travailleurs y ont participé : la grève a été votée pour mercredi 7 janvier, jour de l’ouverture des NAO, et un nouveau brasero a été allumé devant l’entrée de Rabion où ne passe pas de camion.
C’est donc avec détermination que les travailleurs ont préparé la rentrée du lundi 5 janvier. Le but de l’action : élargir le mouvement pour entraîner le maximum de monde le 7 janvier.
Cette lutte, inédite et exceptionnelle à Leroy-Somer, a montré sa force. Elle a trouvé des militants pour la développer. Tout le monde est conscient maintenant qu’il faut la généraliser à toute l’usine pour gagner sur les revendications.
Lundi 5 janvier, la CGT a distribué un tract, et le 7 janvier, un appel à débrayer va être lancé. La direction a encore convoqué un huissier pour constater le blocage de la porte de l’accueil de Rabion, et menace de réclamer le paiement des amendes de 500 euros.
Mais cette intimidation n’a pas eu d’effet : le piquet tient et le brasero brûle toujours ! Les chefs ont bien fait quelques réunions d’équipe pour discréditer la grève, mais leur discours fait flop... La combativité est là, et la colère va pouvoir s’exprimer largement !

Correspondant

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