Leroy-Somer Angoulême (16) : une grève pour faire payer le patron

Leroy-Somer (métallurgie) est en grève depuis le mercredi 17 décembre. La direction a annoncé que la prime d'intéressement était à zéro. Pour « compenser », elle a proposé une prime exceptionnelle de 20 % du salaire brut de novembre. Une provocation que les 60 travailleurs rassemblés n'ont pas laissé passer.

Ils ont bloqué immédiatement du site où se tenait la réunion ! Pour sortir, les patrons ont dû partir à travers champ rejoindre un taxi. Le lendemain, 250 travailleurs tenaient des piquets interdisant toutes entrées et sorties aux camions sur les sites de Rabion et Fonderie.
Les travailleurs exigent que l'enveloppe globale de la prime exceptionnelle soit répartie de façon égalitaire entre les 2100 personnes de l'effectif (environ 750 euros chacun). Ils revendiquent ensuite le 13ème mois garanti.
La CGT est à l'initiative du mouvement. Ses militants, les syndiqués et non syndiqués, s'impliquent dans l'organisation, sont présents aux piquets et assurent les tâches matérielles selon les horaires de chacun. Et ça marche : tout le monde est à l'heure pour prendre son poste !

Mise en place du piquet
Une AG a décidé que le mouvement devait se prolonger pendant les fêtes, bien que la boite soit en vacances à partir du 24 décembre, pour interdire toute expédition de matériel et moteurs. Le réveillon du 25 décembre s'est préparé collectivement.
Samedi dernier, des camarades de l'UL CGT de Ruffec sont venus avec le pique nique de midi, Bon repas et grand moment de solidarité. Dimanche, l'invitation aux familles à venir passer un moment a été plutôt réussi : plusieurs dizaines de grévistes sont venus en famille. Il y avait pleins de gâteaux et de chocolats. 
Lundi dernier, un piquet s'est mis en place à 1 heure du matin sur le site des Agriers et a interdit l'entrée des camions jusqu'à 11h. Les grévistes ne lâchent rien : un vote unanime aux piquets a refusé la demande de la direction LS de laisser partir des moteurs chez un client « qu'on risquait de perdre ». « Nous c'est notre boulot qu'on risque de perdre ! » ont répondu les grévistes.
Mardi 23 décembre, la direction LS a donné un petit signe de vie. Le responsable des "relations sociales" a pris contact avec les responsables syndicaux CGT pour « discuter ». C'était la première fois depuis le début du mouvement que la direction faisait cette démarche. Les camarades se sont réunis avant de répondre au patron et ont établi leur revendications : répartition égalitaire de la prime d'intéressement (environ 730 euros chacun), augmentation des salaires de 100 euros par mois au 1er janvier, ouverture des discussions pour le 13ème mois et paiement des jours de grève. Une AG a voté ces revendications à l'unanimité.
C'est ce que les militants CGT ont annoncé au téléphone au patron en précisant que si des discussions devaient se tenir, c'était « sur le lieu de la grève à la fonderie et qu'il n'était pas question qu'une délégation syndicale se rende au siège de la boite ». Du coup, plus aucune nouvelle de la Direction... Les grévistes rigolaient car le patron se désolait au téléphone : "Vous n'allez pas passer Noël à l'usine, dehors dans la rue, pensez à vos enfants". Les copains lui ont répondu que c'était pourtant ça qui allait se passer et qu’il en était seul responsable. Et pour l'éviter il suffisait de satisfaire les revendications. La Direction ne s'attendait pas à cette détermination chez les grévistes et est devenue à nouveau... muette.

Et après les fêtes ?
Petite manœuvre, la direction a fait intervenir le MEDEF auprès de l'UD CGT. La représentante patronale a été pleurer sur le sort des travailleurs qui allaient passer la Noël devant l'usine. Plus politique, elle a ensuite fait part de ses craintes de voir le mouvement des Leroy donner des idées dans les autres boites... La secrétaire de la CGT lui a répondu que ce n'était pas elle qui décidait mais les grévistes et que donc elle ne pouvait rien pour elle.
Ce mercredi matin, la direction a fait intervenir un huissier pour constater le « blocage ». Mais les grévistes ne se sont pas laissé intimidés. Et le réveillon à la boite s'est activement préparé. Les grévistes reçoivent de nombreuses visites de travailleurs des boites à l'entour : DCNS, SAFT, Renault, EDF, Schneider... Les syndicalistes de Sud Solidaire, des militants du NPA, du PCF qui apportent leur soutien. Les retraités apportent aussi leur soutien.
La perspective, c'est de passer les fêtes ensemble, même si c'est compliqué. L'entreprise a fermé complètement ce mercredi 24 décembre pour ne reprendre que le 5 janvier. Les plus déterminéEs veulent entretenir la flamme des piquets de grève jusqu'à cette reprise, avec en ligne de mire les NAO qui vont commencer. Il restera à réussir à élargir et renforcer le mouvement dans tout les départements de l'usine pour rendre la grève majoritaire. Et pourquoi pas donner des idées à toutes les boites au tour. Des mouvements ont eu lieu très récemment à la DCNS de Ruelle, au Géant Casino de Champniers et la Brink's est aussi en grève...

Correspondant local

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