“Le gouvernement tape sur les sans-papiers pour faire plaisir y compris à la droite extrême”

Entretien. Les 20 et 21 septembre, une centaine de sans-papierEs, représentant des collectifs d’Île-de-France (CSP75, CSP75-Strasbourg-St-Denis, CSP17-St-Just, CSP Fort-de-Vaux, Intégration 21, Droits Devant !!, CSP92, CSP93, CSP94) et des soutiens (membres de ATMF, FUIQP, DIEL, Fasti, MRAP, UJFP, Coordination Rhône-Alpes de soutien aux Sans-papiers, NPA) se sont réunis à Saint-Denis (Bourse du travail et théâtre de la Compagnie Jolie Môme).

Quatre ateliers se sont tenus le samedi (loi Ceseda sur l’entrée et le séjour des étrangers et le droit d’asile / expulsions et répression / convergence des luttes / bilan et perspectives du mouvement). Face à l’ampleur des attaques et repartant des moments forts de la lutte des sans-papiers (occupations de Saint-Ambroise et Saint-Bernard en 1996, de la basilique de Saint-Denis en 2002, et de Baudelique en 2009, grèves des travailleurEs sans-papiers en 2008), l’assemblée du dimanche a exprimé la nécessité de remobiliser le mouvement au travers d’actions planifiées soigneusement et préparées collectivement.

DéléguéEs de leur collectif et de l’Union nationale des sans-papiers (UNSP), quatre sans-papiers, Vazoumana Fofana (CSP75), Mame Thiaw (Droits Devant !!), Ousmane Condé (CSP17-St-Just) et Alioune Touré (Intégration 21) nous ont parlé de la politique du gouvernement et des perspectives pour le mouvement.

PS au pouvoir
Mame Thiaw : Le PS ne mène pas actuellement une politique socialiste mais une politique de droite. Cette politique politicienne n’est pas pour les sans-papiers mais se fait dans le sens de la pression des autres partis, notamment du FN.
Ousmane Condé : Au moment de Baudelique, on avait été reçus au siège du PS, à Solférino. Les dirigeants du PS nous avaient dit que quand le PS serait au pouvoir, il mènerait une « politique de l’immigration humanisée ». Cela avait été confirmé par le candidat Hollande en 2012, notamment sur les centres de rétention en disant que la rétention devait être l’exception. Mais les CRA (Centres de rétention administrative) sont toujours là. Dans sa logique actuelle, le gouvernement tape sur les sans-papiers pour faire plaisir y compris à la droite extrême.
Vazoumana Fofana : Pendant le Forum social mondial à Dakar en 2011, on avait été reçus par des dirigeants du PS, comme Martine Aubry ou Harlem Désir. On avait eu des discussions sur comment faciliter le combat social. Aujourd’hui, alors qu’on prépare le FSM de 2015, le gouvernement a refusé des subventions au FSM. Le PS est aujourd’hui en contradiction autant avec l’idée de socialisme qu’avec ses promesses.
Alioune Touré : Sur l’immigration, on a la même logique à droite et à gauche, logique répressive et xénophobe. Depuis plus de 15 ans, on assiste à un durcissement des politiques contre les migrantEs et les sans-papierEs. Les outils utilisés contre l’immigration n’ont pas résolu les problèmes des migrantEs, mais l’immigration est aujourd’hui traitée comme une affaire de police. L’État érige des obstacles et met la loi en conformité avec les directives européennes, vidant de son sens la charte des Nations unies sur « le droit de chaque migrant de se déplacer et vivre là où il veut ».

Nouvelle loi
Mame  : Le projet de loi qui se prépare pour le premier semestre 2015 parle de carte pluriannuelle et d’amélioration des demandes d’asile. Mais ces deux points ne concernent en fait pas les sans-papiers, dans la mesure où la carte pluriannuelle suppose d’avoir un titre de séjour ou déjà renouvelé. Par ailleurs, elle engendrera des contraintes pour le renouvellement et les critères vont être de plus en plus rigoureux. Il s’agit encore d’une régression.
Ousmane : Cette nouvelle carte n’est pas un cadeau. Liée à des choses comme le logement ou le travail, elle enchaînera notamment celles et ceux qui en bénéficieront à leur patron. Donnant encore plus de pouvoir aux préfectures pour faire des vérifications, la carte pourra être retirée du jour au lendemain.
Vazoumana  : Le projet de loi est dans la continuité des circulaires Valls. La circulaire du 11 mars a accentué le processus d’expulsions. Elle indique que même si l’ambassade d’un pays d’origine refuse un laissez-passer, la préfecture doit faire pression. Le gouvernement traite ces États comme des provinces de la France ! Le projet de loi sera dans la continuité de cette politique machiavélique. Concernant la carte pluriannuelle, il s’agit de renforcer les pouvoirs discrétionnaires du préfet et de précariser les étrangerEs. L’UNSP exige la carte de 10 ans renouvelable automatiquement.

Perspectives
Alioune : Notre lutte doit s’axer sur deux objectifs. Un objectif de lutte locale en mobilisant tous les collectifs de sans-papiers en France, mais aussi et surtout une lutte globale sur l’échiquier européen. C’est dans ce cadre que l’UNSP ira à Rome en novembre pour faire entendre, une fois de plus, sa voix, comme elle l’a déjà fait à Bruxelles en juin.
Vazoumana  : Il est évident que face à la politique du gouvernement, on ne va pas rester sans rien faire. On a prévu à cette assemblée de l’UNSP trois actions nationales dans l’année qui vient. On va désormais leur donner forme, en créant notamment un bouclier contre les nouvelles lois.
Ousmane  : On doit désormais aller vers le concret, aller vers des actions fortes pour avoir des réponses solides par rapport à ce qui se prépare. En même temps, on doit faire face à la démobilisation. Il y a donc un travail de terrain pour préparer, en axant sur une double convergence : celle des collectifs et celle des luttes (avec les syndicats, associations, partis).
Mame : Il nous faut une ligne politique pour pouvoir faire le poids face à la logique du gouvernement. Pour cela, il faut redynamiser le mouvement de lutte des sans-­papiers ; mettre l’accent sur la convergence des luttes, en faisant appel aux organisations syndicales, aux partis politiques comme le NPA, le Front de gauche et EÉLV ;  sensibiliser davantage l’opinion publique française, en disant que les sans-papiers ne sont pas en marge, participant activement aux domaines économique et social. II s’agit aussi d’unir nos forces avec les camarades migrantEs et sans-­papiers des autres pays contre Frontex.

Propos recueillis par Denis Godard

Licence créative commons

Nos articles sont publiés sous licence Créative Commons. Voir les détails.