Réforme de l’entrée à la fac : une sélection qui ne dit pas son nom

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Ce lundi 30 octobre, le gouvernement Macron a fait un pas de plus dans les attaques contre la jeunesse, en dévoilant son « plan étudiants », qu’il souhaite être effectif dès 2018. Au centre des réflexions, plus de sélection, que ce soit durant l’année de terminale, et pendant toutes les années universitaires.

Dans ses éléments de langages, le gouvernement gouvernement a choisi de ne pas parler de « pré-requis », mais « d’attendus » ; derrières ces tactiques de communications, il cherche bien à cacher une chose : il y aura bien une sélection à l’université, mais il ne faut pas en parler ! La restriction de l’accès à l’université se déclinera en plusieurs points, qui vont tous fermer les portes des facs aux lycéens que le gouvernement n’estime pas compatibles avec l’enseignement supérieur.

 

Les universités auront accès au dossier intégral des lycéens

La sélection, qui passera par un APB qui sera modifié, fonctionnera sur un mode nouveau : les établissement d’enseignement supérieur pourront répondre aux dossiers des étudiants avec trois réponses possibles : « oui », « oui si » ou « en attente ». Derrière ces trois réponses, il faut voir que l’université aura maintenant accès aux dossiers pédagogiques des étudiants, même dans les filières auparavant non sélectives. Il pourra avoir accès aux notes, pourra demander des lettres de motivation, ses activités extra-scolaires, ainsi que les avis du conseil de classes, qui seront renforcés. En effet, durant toute la terminale, les conseils de classes examineront les demandes de leurs élèves, et émettront des « fiches avenirs », que les universités pourront examiner pour choisir ses étudiants. Les professeurs du lycée seront donc partie prenante de la sélection à l’université et du tri des étudiants entre filières de prestiges et filières « poubelles ».

Avec toutes ces données, les universités pourront choisir d’accepter les étudiants ou non.

 

La fin du bac comme diplôme d’accès à l’enseignement supérieur

Officiellement, les universités ne pourront pas refuser d’étudiants, « sauf s’il n’y a pas assez de place dans la filière » (dixit la ministre Frédérique Vidal)… quand toutes les filières sont sous tension, cela veut tout simplement dire que la sélection sera effective partout. Les universités pourront donc répondre « non » ou « oui si », c’est à dire imposer aux élèves des conditions d’accès, c’est-à-dire des prérequis. Cela se matérialisera, selon les filières, en stages d’été, des modules supplémentaires, voir une année complète de « mise à niveau ». Une barrière de plus pour plein d’étudiants, et un moyen de spécialiser les lycéens dès la Première. En d’autres termes, c’est la fin du BAC comme diplôme d’accès à l’enseignement supérieur.

 

L’aide sociale conditionnée

Par ailleurs, l’étudiant aura toujours au dessus de sa tête le couperet de la sélection, même après son entrée à la fac : le gouvernement veut instaurer un « contrat de réussite pédagogique » entre les élèves et les professeurs. Derrière ce terme flou, le gouvernement cache ses réelles intentions, c’est à dire maintenir une pression continuelle sur les étudiants : avoir la moyenne à ses partiels ne suffira plus. D’autant plus qu’il souhaite aussi « garantir » les droits sociaux sur ce contrat. Une mauvaise note, de mauvais partiels, et les bourses étudiantes pourront sauter ! 

Si la proposition de loi définitive sera présentée le 22 novembre, les annonces d’aujourd’hui présagent de l’université de demain, basée sur la concurrence, la sélection systématiques, et ajustée sur les besoins du patronat.

Georges Waters

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