#PayeTaFac : Fin des concertations dans l’enseignement supérieur : les plans du gouvernement pour détruire nos universités

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« Réformer l’université », voilà l’un des grands « projets » du gouvernement, via la « concertation » lancée par la Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, Frédérique Vidal. Ce jeudi 19 octobre, cette dernière s’est vue remettre le rapport regroupant les propositions issues de la consultation des « principaux acteurs de l’université » (présidents d’université, syndicats étudiants et enseignants). Voyons à quelle sauce les étudiants actuels et futurs vont être mangés. 

Un sas de sélection dès le lycée

Une première question bien épineuse pour les participants à la concertation : comment ne pas reproduire le fiasco de la session APB 2017 qui a vu exploser le nombre de bacheliers sans affectation ? Plutôt que de mettre tous les moyens nécessaires à l’accueil dans le contexte d’une demande croissante d’inscriptions à l’université (entre 2009 et 2017, le budget de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche a baissé de 660 millions, pour 235 000 étudiants en plus), les propositions tendent bien plutôt à restreindre le nombre de demandeurs.

Première idée brillante : « prendre en compte le profil de l’élève », c’est-à-dire arroger le droit aux universités de demander des « prérequis » pour accéder à la formation souhaitée. Si ces « prérequis » ne sont pas définis, on peut facilement imaginer qu’ils prendraient en compte les bulletins de notes, les types de bac, les activités extra-scolaires, les connaissances générales etc. Si certaines propositions visent à en faire des prérequis « indicatifs », le gouvernement préfèrerait lui qu’ils soient prescriptifs, c’est à dire qu’ils deviennent des conditions d’entrée dans telle ou telle licence. Par ailleurs, pour certaines filières, comme la médecine, les concertations ont déjà tranché : pour rentrer dans cette filière, il faudra valider une sorte d’examen, baptisé « préparation à l’entrée dans les études de santé ». Evidemment, on se doute que dans les grands lycées, des cours préparatoires permettront de valider ce « module », tandis que dans les lycées populaires, ce sera beaucoup plus dur.

Ajoutez à la sélection la généralisation de l’avis du conseil de classe, soit en direction de l’élève, soit directement remis à l’université, et l’on entrevoit les obstacles bien inégalitaires pour l’accès de chacun à l’enseignement supérieur. Si, avant, seules les demandes pour les classes préparatoires et certaines filières sélectives devaient s’accompagner d’un avis du lycée, toutes les filières seront concernées par cet avis.

Inégaux à la naissance, inégaux face à l’école, inégaux face à la fac. Si les universités actuelles admettent d’ores et déjà bien plus bacheliers de filières générales que techniques ou professionnelles, et seulement une minorité d’enfants d’ouvriers et des classes populaires, les mesures proposées ne peuvent qu’accentuer cet état de fait. Ces réformes vont favoriser encore plus l’accès au supérieur pour les jeunes qui ont eu la chance de vivre leur scolarité dans des conditions matérielles et morales correctes, d’avoir des parents pour les aider à la maison, leur donner confiance en leurs larges possibilités d’horizon professionnel, et des moyens financiers pour élargir leurs connaissances culturelles.

 

 

Etudier pour travailler, ou travailler pour étudier ?

Apparemment préoccupés par le nombre élevé d’étudiants-travailleurs (plus d’un sur deux, ce qui favorise leur échec ou abandon), le compte-rendu des consultations ne met pas en avant des méthodes pour faire chuter ce taux d’étudiants-travailleurs mais plutôt au contraire pour l’approfondir.

Deux mesures sont proposées : d’une part, pour éviter les emplois « en totale déconnexion avec leurs études », la volonté est de promouvoir les emplois étudiants sur les campus. Par « emplois étudiants » on entend ces contrats précaires bien spécifiques, à durée limitée, salaire au plus bas (parfois payé en retard) et sans aucun droit. Des emplois précaires pour des étudiants précaires : la connexion est belle et bien faite. Sans compter que ces contrats étudiants vont de pair avec les suppressions de postes qui se multiplient dans les universités, et tendraient de fait à remplacer des travailleurs publics formés et titulaires par des étudiants vacataires : au-delà des étudiants, ce sont tous les personnels des bibliothèques, des secrétariats et de l’accueil qui sont menacés.

D’autre part, une idée avancée est de fusionner les différentes aides qui peuvent être reçues par les étudiants pour aller vers une allocation unique d’aide aux étudiants. Les APL (déjà baissés de 5€ par le gouvernement), les bourses sur critères sociaux (BCS) et autres serait rassemblées en une seule. Et ce alors que chaque aide est différente, qu’un étudiant peut toucher une BCS tout en habitant chez ses parents et, inversement, recevoir les APL sans être boursier. Lorsqu’on sait déjà la faible proportion d’étudiants qui reçoivent une bourse (25%), à des niveaux souvent bien trop faibles, et avec beaucoup de retards, on ne parierait pas sur l’avancée que pourrait représenter une telle allocation unique. Le rédacteur du compte rendu des concertations (le recteur de l’académie de Versailles), s’est même fendu d’une proposition au gouvernement : « payer les bourses à date fixe »… comme si on allait applaudir des deux mains un gouvernement qui paye les bourses de septembre en janvier…

 

La licence licenciée

Tous partagent également l’idée d’assouplir drastiquement le déroulé de la licence afin « d’individualiser » les parcours. Plutôt qu’une filière particulière lui enseignant un contenu approfon-di dans un domaine, l’étudiant pourrait ainsi choisir au cours de ses années différents modules, en fonction certes de ses propres centres d’intérêts. Ce serait ainsi la fin des diplômes nationaux, un projet qui date de la mise en place du LMD en 2001, avec son annexe descriptive, ses crédits ECTS. Cette casse des diplômes avait été freinée par le mouvement étudiant de 2003, qui avait permis de maintenir des équivalences entre les diplômes d’un même domaine de formation. L’enjeu pour le gouvernement et le patronat est d’en finir avec les quelques diplômes encore inscrits dans les conventions collectives, ou du moins reconnus par l’usage pour exiger des conditions d’embauche liées à une qualification, et avec la possibilité de changer d’université sans trop de sé-lection. C’est par ailleurs la porte ouverte à plus d’entrée dans les universités de modules financés par les grandes entreprises, qu’il faudrait valider pour y espérer un travail.

Toujours pour « s’adapter » au mieux à l’étudiant individuel, il est proposé la mise en place d’un « contrat pédagogique de réussite », établi entre l’étudiant et « l’équipe pédagogique, intégrant de manière réflexive et partagée les adaptations du parcours ». Après les livres scolaires étalant nos aléas du lycée, voici à l’université une trace écrite des avis, conseils, choix et retours de choix qui va pouvoir être utilisée pour définir le passage dans l’année supérieure au-delà des résultats aux examens ainsi que par les employeurs eux-mêmes.

 

Université et marché du travail : les deux faces d’une même pièce

Si beaucoup d’autres mesures sont encore proposées, et que la décision de la Ministre ne sera prise que d’ici la fin des vacances de la Toussaint, on entrevoit déjà facilement et sans surprise les projets de refonte de l’université qui se dessinent et perpétueront la trajectoire déjà prise ces dernières années.

Si Macron a mené sa guerre éclair durant l’été pour accroître encore la casse du Code du travail et démanteler le marché du travail et les acquis des travailleurs, il en découle des conséquences en terme de formation. A l’époque du chômage et des contrats précaires, le gouvernement souhaite des flux d’étudiants optimisés pour réduire les budgets universitaires, et le patronat demande des diplômes professionnels, adaptés à ses besoins immédiats et qui permettent difficilement de chan-ger de travail. Les plans pour les universités ne sont que le revers des loi travail 1 et 2, en finir avec les formations de masses pour préférer des jeunes qui arrivent au plus vite et sont plus exploitables sur le marché.

Les mêmes qui décident du sort de lieux d’Enseignement supérieur et de Recherche n’en sont de toute façon pas préoccupés. Ils ont eu accès aux Grandes écoles qui seules permettent l’accès aux postes de commandement. Et c’est bien ce modèle de formations d’élites contre des formations poubelles qu’ils veulent faire perdurer et même approfondir.

 

Mar (comité Paris 8) 

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