Les lycéens au hachoir de la sélection

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Là où le bac, diplôme national certes imparfait, sanctionnait anonymement un niveau scolaire, la réforme de l’entrée à l’université va introduire des inégalités entre les bacheliers en mettant en œuvre une sélection. Derrière ce projet se cache un renforcement du tri social… peu étonnant de la part du « président des riches ». 

Après une rentrée universitaire catastrophique, avec des milliers de bachelierEs sans affectation ou affectés dans des filières par défaut, la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal s’est empressée de présenter son projet de réforme de l’entrée à l’université. Arguant des défauts du système APB et de l’iniquité du tirage au sort dans les filières « sous tension », le gouvernement de Macron en a profité pour modifier le Code de l’éducation. Désormais, ce ne seront plus les bachelierEs qui choisiront leur université mais les universités qui choisiront leurs étudiantEs. Pour mener cette sélection, il est prévu d’associer étroitement les enseignantEs du secondaire qui ont pour mission d’effectuer un premier tri en validant les dix vœux des élèves de terminales. Le dossier du/de la futurE bachelierE passera ensuite entre les mains des universités qui détermineront si le/la canditatE est pleinement acceptéE, acceptéE sous condition d’une remise à niveau en fonction de prérequis, ou rejetéE faute de places suffisantes dans la filière.

Ce nouveau système est donc bien loin de répondre aux problèmes des universités, avant tout dépourvues des moyens budgétaires et humains nécessaires pour faire face à l’afflux de bachelierEs issus du baby-boom des années 2000 ainsi qu’aux difficultés des étudiantEs. Par contre, il a pour évidente mission de renforcer le tri social entre les bachelierEs. 

Un renforcement considérable des inégalités sociales

La sélection des candidatEs à l’université, dont les contours restent flous, pose plusieurs écueils.  Aucune mention de « quota » n’est faite pour l’instant pour définir le nombre de candidatEs acceptéEs sous condition de remise à niveau, pas plus qu’il n’est prévu de prendre en compte le critère des bourses. De même, on se sait comment sera pris en compte l’établissement d’origine du futur étudiant alors que ce critère peut s’avérer être un facteur discriminant ou valorisant. Par contre, les projets personnels des élèves, leur investissement extra-scolaire et leurs loisirs seront valorisés sans tenir compte du capital économique et social que de tels critères requièrent !

Cette réforme va donc considérablement renforcer les inégalités sociales dont sont victimes les jeunes des classes populaires et tout particulièrement les bachelierEs du professionnel et du technologique.

La sélection renforcée dès le lycée

D’autant plus, que la loi Vidal va renforcer la compétition scolaire dès le lycée. Le manque de formation des enseignantEs du secondaire, la mise à l’écart des professionnelLEs de l’orientation (PsyEN), le manque de moyens des établissements des quartiers populaires ne permettront pas de combler le fossé avec les lycées des beaux quartiers. Dotés d’un capital social, d’une connaissance des filières (plus de 12 000) et pourquoi pas en ayant recours à des services privés d’orientation sur le mode cours particuliers, les enfants de la bourgeoisie, non contents d’occuper déjà les places dans les classes prépas, seront les mieux positionnés pour entrer dans l’université de leur choix.  On peut, d’ores et déjà, envisager que les lycées seront classés, non plus en fonction de leurs résultats au bac, mais en fonction du nombre d’élèves reçuEs à l’université en fonction de leurs vœux. Les enseignantEs seront donc contraints à exercer un contrôle social renforcé en incitant les élèves à choisir telle ou telle filière dans le cadre d’une mise en concurrence des établissements s’éloignant ainsi de plus en plus d’une conception émancipatrice de l’enseignement.

Une aide… bien incertaine

On peut, certes, se féliciter que soient enfin prises en compte les difficultés des nouveaux étudiantEs à s’adapter au système universitaire, un système exigeant qui ne manifestait que trop peu d’intérêts pour les questions pédagogiques et l’accompagnement des étudiantEs. Mais c’est sans tenir compte que les solutions proposées, année d’adaptation ou modules de remédiation, ont un coût difficile à assumer pour les universités dans un contexte de restriction budgétaire. Et surtout, ces mesures ont un coût pour les étudiantEs issuEs des classes populaires, qui doivent travailler en parallèle à leur cursus universitaire et peuvent difficilement assumer d’avoir des cours en plus ou de rallonger leurs études d’une année ; études déjà bien allongées avec la masterisation. 

Renforcement de la compétition scolaire, contrôle et tri social renforcés, logique d’austérité, la réforme de l’entrée à l’université condense à elle seule le projet politique de Macron. Les classes populaires en feront une fois de plus les frais. L’idée de démocratisation scolaire est bel et bien enterrée. Désormais, même la massification est remise en cause pour laisser la place à la compétition scolaire.

Face au renforcement de cette école de classe, lycéens, étudiants, enseignants du secondaire et du supérieur et parents d’élèves devons nous mobiliser massivement pour refuser cette réforme et réaffirmer le rôle émancipateur de l’éducation.

Camille Jouve

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