Jeunesse : vers une grève active et massive ?

« La précarité tue ! » Voilà le cri qui fédère un mouvement de la jeunesse naissant en ce mois de novembre.

Depuis le geste désespéré d’Anas à Lyon, une lycéenne a également tenté de s’immoler à Villemomble, et un étudiant d'origine rwandaise a été retrouvé mort dans sa chambre à Clermont-Ferrand, lui aussi après un possible suicide. Ces deux derniers actes ont fait moins de bruit, mais ils marquent un profond malaise dans la jeunesse. Quoi d'étonnant, alors que les gouvernements successifs font tout pour nous enfoncer dans la galère et la précarité, de la baisse des APL à la réduction des droits au chômage, de Parcoursup à la réforme du bac, sans parler de l'angoisse des lendemains, du désastre écologique à la casse des retraites.

Des semaines agitées
Depuis trois semaines, dans de nombreuses facs de France, l'appel à la mobilisation d'Anas a bien été entendu. Le 12, premier jour de cours après son acte, des rassemblements ont eu lieu dans une quarantaine de villes. De quelques dizaines à plusieurs centaines d’étudiantEs ont participé à des assemblées générales, suscitant l’intérêt souvent au-delà du milieu militant habituel. À Bordeaux, les 200 étudiantEs réunis en AG ont voté l’occupation d’un amphithéâtre et obtenu de la présidence l’ouverture d’une liste mail pour communiquer avec le reste de l’université. À Nantes et à Lyon, les facs ont été bloquées à plusieurs reprises. À Tolbiac, c’est une AG de 300 qui a lancé un appel à une rencontre nationale le 30, ébauche d'une coordination du mouvement.
Des opérations « resto U gratuit » ont eu lieu pour s'adresser aux étudiantEs non mobilisés ; à Toulouse, plus de mille repas ont ainsi été distribués en un midi, tout en invitant à la prochaine assemblée. Et le 26, une manifestation nationale contre la précarité a été répercutée dans au moins une quinzaine de villes. Si les cortèges peu nombreux témoignent d'un mouvement encore balbutiant, mille personnes ont tout de même manifesté à Lyon. Quoi qu'il en soit, la réaction des forces de l'ordre, qui ont nassé et intimidé une partie de la centaine de manifestantEs toulousains, montre bien que ce bouillonnement inquiète un gouvernement aux abois.
Chez les plus jeunes, l'heure est à aussi l'organisation : avant le 5 décembre, des actions ont eu lieu dans de nombreux lycées, où les forces s’étaient déjà rassemblées. En banlieue parisienne, à Strasbourg, Toulouse, Marseille et ailleurs, des lycées ont été bloqués, des assemblées ou des comités se sont montés, avec des débuts de coordinations locales. Cent lycéenEs en AG au lycée Lakanal à Sceaux, plusieurs jours de blocages et des affrontements avec la police au lycée Vilgénis de Massy, et des blocages dans plusieurs villes dès le lundi 2 décembre, comme à Villeneuve-d’Ascq, Montpellier ou Toulouse... La situation rappelle celle de décembre dernier, mais avec le souvenir vivace de la répression et la volonté de ne pas se laisser faire. Bref, dans toute la jeunesse ce sont pour l'instant des minorités qui s'agitent, mais qui pourraient bien mettre du monde dans la rue au vu du contexte national et international.

S'organiser démocratiquement, structurer une mobilisation naissante
Les revendications, comme souvent au début d’un mouvement, sont diverses. Elles reflètent ce que la précarité étudiante peut avoir de caractéristique : augmentation des bourses, meilleur accès au logement, retrait de Parcoursup et de la sélection à l’université… Mais le 5 décembre est dans toutes les têtes. Les étudiantEs présents en AG sont conscients que le problème est plus vaste ; que la pauvreté, au-delà des étudiantEs, touche aussi la jeunesse travailleuse et le reste de la population ; et qu'elle résulte d’une politique systématique menée par les gouvernements de ces dernières décennies, en France comme ailleurs. Les revendications impliquent toutes de s'affronter avec le pouvoir pour prendre les richesses là où elles sont, dans les poches des riches. La colère exprimée depuis un an par les Gilets Jaunes trouve ainsi son écho : aux trois assemblées du Mirail à Toulouse, ils ont parlé à la tribune face à plusieurs centaines d’étudiantEs, et ont reçu un accueil chaleureux.

Réunis dans une assemblée inter-facs le samedi 30 novembre, des étudiantEs d'une quinzaine d'universités concluent ainsi leur appel : « À partir du 5 décembre, nous appelons tous les jeunes à se mettre en grève reconductible et illimitée aux côtés des salariés, en lutte pour notre avenir, contre Macron et son monde. Notre grève doit être active. Elle est le moyen de convaincre le plus possible de jeunes de rejoindre la contestation contre ce système capitaliste. Les AG de facs et de lycées sont souveraines et décisionnelles pour organiser tous les aspects de la lutte et décider de nos revendications. Notre mouvement, encore naissant, devra le plus tôt possible se doter d’une coordination nationale démocratique de ces AG, dont les membres seront élus, mandatés, révocables et devront rendre des comptes à chaque AG. »

Selma Timis et Armand Tallot

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