Italie. Sans-papiers : le défi aux frontières et au racisme

Vendredi 14 novembre, au milieu de la place Repubblica de Rome, c’est une véritable transe au moment où des centaines de sans-papierEs, les unEs venus de Turin et les autres de Berlin et de Paris, se retrouvent au son des percussions en scandant « des papiers, pas des policiers ». La veille, une délégation de 40 sans-papiers était arrivée de Paris après un voyage en minicars et une escale à Turin dans un immeuble occupé par le mouvement local des sans-papiers.

Sur la place convergent aussi des cortèges de lycéenEs et d’étudiantEs alternant des slogans antifascistes et pour la défense du service public. Il y a aussi les syndicats de base, Cobas, CUB, USB, mais pas trace des organisations traditionnelles... Ce jour-là, jour de grève sociale, des manifestations ont lieu dans toute l’Italie. Dans les villes du nord, la force organisatrice centrale est la Fiom, le syndicat des métallos à gauche de la CGIL, l’équivalent italien de la CGT.

Une coalition pour le débat et l’action
À Rome, ce sont 20 000 manifestantEs qui marchent contre le gouvernement, l’austérité et le racisme, dans le bruit et les chants. À la fin de la manifestation, le cortège de sans-papiers repart dans la ville pour une seconde marche où se mêlent les slogans en français et en italien, jusque devant le Parlement italien où des déléguéEs seront reçus par la présidente du Parlement.
Cette journée de manifestations ouvre trois jours mêlant ainsi actions et débats appelés par la Coalition internationale des sans-papiers et migrants (CISPM) fondée en juin 2012 à l’occasion de la première marche européenne.
Témoin de l’ancrage du mouvement des sans-papiers en Italie, les débats de la coalition se tiennent dans les locaux de l’USB (Union syndicale de base) et dans des centres sociaux, lieux occupés, dans la ville. C’est dans un de ces centres, une « école populaire » organisant des cours de musique et de langues mais aussi de boxe, que les délégations sont hébergées.

L’Europe des sans-papierEs
Les délégations viennent de neuf pays avec des représentations différentes, collectifs de sans-papiers (France, Italie, Allemagne, Belgique), associations (Tunisie) ou réseaux/ONG (Suisse, Pologne, Espagne) et la représentante d’un syndicat pour la Grèce (PAME).
Si les politiques différent d’un pays à l’autre, les échanges ont montré que les mêmes tendances répressives et racistes sont à l’œuvre dans toute l’Europe, que les gouvernements soient de gauche ou de droite. Les attaques sur les migrantEs sont la pointe avancée de politiques de précarisation et de répression qui touchent tous les travailleurEs tandis que la progression des mouvements fascistes dresse les pauvres contre les pauvres.
Point commun et central pour cette coalition internationale, la lutte pour la liberté de circulation et d’installation, seule manière de mettre fin au massacre de migrantEs aux frontières de l’Europe et de revendiquer l’égalité des droits. Sont plus précisément dans la ligne de mire le règlement de Dublin III (qui renvoie les migrantEs vers le pays d’entrée) et l’agence Frontex.

En finir avec les barbelés
C’est surtout autour d’un agenda de mobilisations que cette Internationale vise à se construire et permettre le développement du mouvement. Des délégations iront à Berlin le 6 février prochain, à l’occasion d’une manifestation rappelant la mort de 15 migrants il y a un an à Ceuta, noyés alors qu’ils étaient empêchés de rejoindre la berge par des gardes espagnols leur tirant dessus...
La CISPM a apporté son soutien à l’appel lancé par le mouvement anti­raciste et antifasciste grec, Keerfa, à des manifestations dans toute l’Europe le 21 mars pour la journée mondiale contre le racisme. À la même période, dans un nouveau défi aux frontières, la CISPM organisera une double caravane de sans-papiers pour se rendre au Forum social mondial de Tunis. L’une partira de Bamako, faisant le trajet des migrantEs, et l’autre de Paris qui traversera la Méditerranée.
La CISPM appelle aussi à une journée d’actions et de manifestations le 22 mai dans toute l’Europe, pour la liberté de circulation, avec des manifestations et des actions contre les gouvernements, l’agence Frontex, les ambassades des pays qui délivrent des laissez-passer pour les expulsions de leurs ressortissantEs et les compagnies aériennes qui transportent des expulséEs.
Au cœur de l’Europe barbelée, les sans-papiers alertent. Le perfectionnement du contrôle et de la répression aux frontières externes est l’outil du renforcement de toutes les frontières internes et des techniques de contrôle et de répression contre touTEs. Leur défi vaut appel.

De Rome, Denis Godard

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