Yémen : urgence face à une sale guerre et aux complicités françaises

Il aura fallu qu’un journaliste saoudien, Jamal Khashoggi, soit victime d’un sordide assassinat dans le consulat de son propre pays à Istanbul pour qu’enfin les les médias s’intéressent à la guerre menée par l’Arabie saoudite, sous couvert d’une « coalition internationale », contre le Yémen. 

Les informations alarmantes sur la situation au Yémen ne manquaient pourtant pas : bombardements à l’aveugle de populations civiles, épidémie de choléra à grande échelle, famine… Une situation décrite par un rapport de l’ONU comme « la pire crise humanitaire depuis la Seconde Guerre mondiale ». Tout cela était connu et documenté, mais le donneur d’ordre de cette catastrophe, Mohammed ben Salmane, semblait intouchable, à coups de promesses de contrats mirifiques. On se souvient de l’image ridicule où Donald Trump exhibait un contrat de 110 milliards de dollars avec un sourire ravi. Mais ces promesses ne se sont pas, pour l’instant, concrétisées. 

Plus ennuyeux pour l’avenir politique de Mohammed ben Salmane, il avait fait miroiter une privatisation de presque toutes les entreprises, y compris Aramco, la compagnie pétrolière d’État saoudienne, et leur introduction en bourse. Wall Street et les grandes banques US espéraient des profits gigantesques. Mais il a fait marche arrière, probablement sous la pression du clan Saoud, et il n’en est plus question pour le moment. D’où sans doute, en grande partie, la colère de l’establishment US, le boycott du sommet économique surnommé « le Davos du désert » (sauf par des entreprises françaises comme Total) et le revirement de Trump qui estime maintenant que la guerre doit s’arrêter et qu’il faut tout de suite commencer à négocier. Et voilà que sur tous les réseaux sociaux apparaissent, suite à leur publication dans le New York Times, les photos d’une petite fille yéménite squelettique, morte depuis, qui devient un symbole de cette guerre.

Une honte bien française 

Trump et les USA ne sont pas les seuls responsables du désastre. Le gouvernement français n’est pas en reste. Florence Parly a beau affirmer que les armes françaises vendues à l’Arabie saoudite ne sont pas utilisées au Yémen (1,5 milliard d’euros de vente en 2017), on peut douter de leur caractère décoratif. La bataille que mène un député LREM, Sébastien Nadot, pour obtenir une commission d’enquête parlementaire sur la vente à l’Arabie saoudite et l’utilisation des armes françaises au Yémen a fort peu de chances d’aboutir, bloquée par le groupe LREM et évidemment par le gouvernement.

Le tapis rouge a été déroulé en permanence pour Mohammed ben Salmane et, comble de la provocation, Macron organise un « Sommet de la Paix » à Paris du 11 au 13 novembre, avec comme invité d’honneur… Mohammed ben Salmane.

Une tribune signée par de nombreux partis (dont le NPA) et associations a été récemment publiée dans Politis et l’Humanité, sous le titre « Yémen : briser le silence et faire cesser les livraisons d’armes »1. La mobilisation contre la venue de Trump et de MBS à Paris s’organise, et une grande manifestation se déroulera à Paris le 11 novembre, qui fera suite à un rassemblement le 8 novembre, à l’occasion d’un colloque à l’Assemblée nationale sur le Yémen. Face à la tragédie en cours, dans laquelle le gouvernement français porte une lourde responsabilité, la solidarité, et notre refus du soutien français à ces crimes contre l’humanité, en échange de quelques contrats, doivent prendre toute leur ampleur. 

Mireille Court 

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