Ventes d'armes : la France au chevet du dictateur égyptien Sissi

« Égypte, une répression made in France » (1) : le titre du rapport publié le 2 juillet par la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH), la Ligue française des droits de l’homme (LDH), l’ONG égyptienne Cairo Institute for Human Rights Studies (CIHRS) et l’Observatoire des armements, est sans ambiguïté. Et confirme, documents à l’appui, le soutien sans faille de la France à la sanglante dictature militaire du maréchal Sissi. 

L'explosion du montant des ventes françaises, en Égypte, d’armes et de technologie militaire, est patente : 39,6 millions d’euros en 2010, 1,3 milliard d’euros en 2016. Avec une accélération particulièrement notable à partir du coup d’État de Sissi à l’été 2013, puisque, comme le souligne le rapport, « en juillet 2013, l’Égypte et la France entretiennent, en matière d’armement, une relation commerciale constante mais modeste »

« Une architecture de surveillance et de contrôle orwellienne »

À l’inverse des préconisations du Conseil des affaires étrangères de l’Union européenne, qui avait appelé, après le coup d’État, à « suspendre les licences d’exportation vers l’Égypte de tous les équipements qui pourraient être utilisés à des fins de répression interne », la France est devenue un partenaire privilégié pour la dictature militaire. Pour les ONG qui ont réalisé le rapport, le verdict est sans appel : « l’État et plusieurs entreprises françaises ont participé à la sanglante répression égyptienne des cinq dernières années, en fournissant au régime d’Abdel Fattah al-Sissi du matériel militaire et de surveillance. Dotant les services de sécurité et de répression égyptiens de puissants outils numériques, elles ont participé à la mise en place d’une architecture de surveillance et de contrôle orwellienne, utilisée pour briser toute velléité de dissidence et de mobilisation ». Parmi la dizaine d’entreprises visées : Thales, Nexa, Manurhin, Sagem, Idemia, Suneris, que d’aucuns s’obstinent encore à présenter comme des « fleurons de l’industrie française », voire des « fiertés nationales ». 

Tout le « savoir-faire » français

Navires de guerre, frégates, corvettes, avions de combat, missiles air-air, missiles de croisière, missiles air-sol, véhicules blindés, machines-outils à fabrication de cartouches, technologies de surveillance individuelle, -d’interception de masse, de collecte des données individuelles et de contrôle des foules… C’est tout le « savoir-faire » français qui s’est exporté, et s’exporte toujours en Égypte, pays dans lequel pas moins de 60 000 prisonnierEs politiques ont été incarcérés depuis 2013, où ont eu lieu des milliers de disparitions forcées, et où ont cours des procès de masse avec des milliers de condamnations à mort, la répression violente de toutes les manifestations, l’usage quasi systématique de la torture, etc. 

Avis à celles et ceux qui, parfois même à gauche, se réjouissent des « bons résultats » et du « rayonnement » de l’industrie française de l’armement : l’État et les entreprises exportatrices sont directement complices du régime sanguinaire de Sissi, et la solidarité élémentaire avec les ÉgyptienEs, et les autres peuples opprimés, passe par une condamnation sans ambiguïté de la politique française de soutien sans faille aux dictatures, au premier rang desquelles les régimes despotiques du Moyen-Orient, de l’Égypte à l’Arabie saoudite en passant par le Qatar et les Émirats arabes unis. 

Julien Salingue

(1) Voir le rapport sur le site de la FIDH

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