Venezuela : « Consultation populaire » contre Constituante : une polarisation réactionnaire

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Depuis début avril, le Venezuela est le théâtre de manifestations de l’opposition et de contre-manifestations de soutien au gouvernement suivies d’affrontements violents à l’origine de la mort de près d’une centaine de personnes. Les sources de la violence sont diverses. 

D’une part, dans l’opposition, des groupes violents, des guarimberos, sont animés dans certains cas d’une revanche sociale envers de simples militants chavistes, et bénéficient d’une certaine bienveillance des dirigeants de l’opposition conservatrice. Le 27 juin, un hélicoptère volé à la police a attaqué à la grenade des institutions gouvernementales. D’autre part, des collectifs armés soutenant le gouvernement, des colectivos, empêchent parfois physiquement des manifestations pacifiques de se tenir. Le 5 juillet, certains d’entre eux ont attaqué l’Assemblée nationale, séquestrant les députés et les salariéEs sur place durant 9 heures avec une relative complaisance du gouvernement. 

Un ordre de plus en plus répressif

L’armée et la police maintiennent un ordre de plus en plus répressif. Dans le cadre du plan Zamora, les manifestants arrêtés sont déférés devant les tribunaux militaires. Par exemple, le 2 juillet, 27 étudiants de l’UPEL-Maracay ont été arrêtés à l’intérieur de leur université et sont actuellement pour la plupart d’entre eux emprisonnés à l’autre extrémité du pays. Dans une volonté d’apaisement, Leopoldo López, leader de la tendance la plus intransigeante de l’opposition, a été libéré de prison le 8 juillet et assigné à résidence. 

Nicolás Maduro a tenté de reprendre l’initiative en convoquant une Assemblée constituante avec un mode de scrutin favorisant le gouvernement, avec une très forte surreprésentation des zones rurales notamment. L’opposition a annoncé qu’elle refuserait de participer à un tel scrutin, prévu le 30 juillet. Les militantEs révolutionnaires sont diviséEs à l’égard de cette initiative. Les unEs dont Marea socialista, le Parti Socialisme et Liberté (PSL) ou la Ligue des travailleurs pour le socialisme (LTS), dénoncent une proposition d’un gouvernement autoritaire pour se maintenir au pouvoir coûte que coûte en dépit d’une impopularité croissante. Les autres tels le Parti communiste du Venezuela (PCV) ou l’organisation Luchas pense qu’elle pourrait être l’opportunité de bloquer l’offensive de la droite et d’approfondir le ­processus de changement. 

« Consultation populaire » ? 

Contre cette initiative, la coalition d’opposition de droite, la Mesa de Unidad democrática (MUD) a convoqué, le 16 juillet, une « consultation populaire » sans la coopération des instances électorales, invitant les Vénézuéliens à se prononcer sur trois questions : le rejet de la Constituante, l’appel aux forces armées à soutenir l’Assemblée nationale et l’approbation de plusieurs de leurs revendications telles que la réalisation d’élections générales et la formation d’un gouvernement d’unité nationale. La MUD a revendiqué plus de sept millions de participants, soit un peu plus d’un tiers du corps électoral, parvenant à mobiliser même dans les quartiers populaires. Toutefois, la MUD ne constitue évidemment pas une perspective politique progressiste.

Les classes populaires vénézuéliennes n’ont rien à gagner dans cette polarisation réactionnaire. Nous sommes solidaires de toutes celles et tous ceux qui essaient dans le pays de croire encore à une perspective de redistribution des richesses par l’auto-organisation de la population. 

Pedro Huarcaya